le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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Michel-Jas-2011.jpg"DEUX DIEUX ? CHEZ DEUX MONOD" par Michel Jas, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), à paraître comme article à la Une dans le bulletin du mois d’avril 2012 de la Correspondance unitarienne, n° 114.


Cette courte réflexion croisant les parcours et sensibilités théologiques chez deux pasteurs de la famille Monod au tournant des siècles, il y a cent ans, permet d’évoquer le dialogue science et foi chez l’un, bien avant que l’on parle de l’Intelligent Design ou de la théologie du Process, et chez l’autre, de la foi comme protestation et contestation du réel avec des accents qui n’auraient pas fait rougir les cathares.


J’aime les théologies démodées. Deux vieux livres m’accompagnent depuis plusieurs dizaines d’années. L’un de spiritualité révolutionnaire derrière un langage prêché, piétiste et fleuri, l’autre, plus systématique, mais inclassable par la variété des champs interrogés et un peu démodé aussi.

 

Les-2-bouquins.JPG


Celui de Wilfred Monod, en avance sur les essais, tant catholiques d’ouvertures d’inspiration jésuite et très Vatican II (Zundel, Varillon, Varone, Bessière), que protestants de tendance freudienne ou bultmanienne (L. Basset, J.-D. Causse, Bourguet) refusant la toute puissance de Dieu, brille par sa virulence et clarté. Remanié de 1906 à 1923, le volume comprend des textes prononcés, pour les uns, devant des libres penseurs sensibles aux luttes sociales et pour les autres devant des protestants libristes préoccupés par l’évangélisation, Aux croyants et aux Athées devint pour moi un message libérateur face au problème du Mal parce que répondant de façon cohérente et courageuse au fameux dilemme attribué à Epicure : Ou Dieu peut supprimer les maux mais ne le veut pas ou au contraire, etc. Peu de pasteurs libéraux avaient découvert cette dualité (l’Evangile change notre vision de Dieu) avant Wilfred Monod.


L’autre Monod : Victor cite, uniquement dans un premier ouvrage en 1910 et en note, l’étude de son cousin aîné de 15 ans.


Plus théorique d’accès, son ouvrage de 1933 :  Dieu dans l’Univers, Essai sur l’action exercée sur la pensée chrétienne par les grands systèmes cosmologiques depuis Aristote jusqu’à nos jours, jamais réédité, cité seulement par le dogmaticien libéral de Genève Auguste Lemaitre, ne m’a, non plus, jamais quitté. Victor Monod est le premier protestant francophone à citer le grand mathématicien Whitehead, père de la théologie du Process. Et ceci avant la montée des orthodoxies du XXe siècle accueillies d’abord positivement, comme mettant fin à une sorte de relativisme subjectiviste de la foi. Orthodoxies protestantes, calvinienne puis barthienne, ensuite contestées par les deux Monod (de façon virulente par Victor dans la Revue du christianisme social).


« Un livre substantiel et passionnant » reconnaissait Wilfred. Peut être que Dieu dans l’Univers signifiait un compromis entre la vision militante d’un Dieu du « monde nouveau à construire », que lui, Wilfred, fondateur d’un christianisme politique-utopique prêchait, et le Dieu plus théorique « de nos pères », redevenu un peu plus créateur avec les préoccupations calvinistes puis barthiennes du début du XXe siècle, mais sans doute moins « souverain » et autoritaire que chez Calvin ( ?). Sans doute y discernait-il quelques réponses possibles ou souhaits de réactions que ses contemporains protestants francophones, à l’époque, désiraient à ses géniales outrances.

 

Wilfred, n’avait pas craint de distinguer le Dieu-Ancien du Nouveau (« nul ne s’est montré moins panthéiste que Jésus ; je nie Dieu, j’affirme le Père ; le chrétien n’est pas tenu de déifier la nature » ! ). Visionnaire, il était arrivé, par un mélange de motivation mystique et un désir d’incarner sa prédication, à de très risquées hypothèses franchement dualistes. Le grand historien du catharisme Jean Duvernoy me disait à Toulouse, quand je lui fis lire du Wilfred Monod, n’avoir rien lu d’aussi dualiste depuis le Livre des deux principes des cathares italiens ! Sur la route de Wilfred Monod, président d’une Eglise unie, pasteur, actif dans les œuvres sociales et professeur de théologie, il y eut l’influence du Marcion de Harnack, ce qui fut quand même extrême ! Certains de ses collègues ou fidèles dans le protestantisme français ont dû, à cette époque, chercher, plus ou moins directement, à tempérer cette voie exagérément tranchée ; car Wilfred n’était pas un marginal dans le protestantisme français (il dirigeait des revues, motivait les Synodes, présidait le conseil national d’une Eglise réformée regroupant les composantes évangéliques et libérales).


Les protestants de l’époque se partageaient entre d’un côté les piétistes calvinistes ou méthodistes de moins en moins naïvement créationnistes (beaucoup moins que les evangelicals actuels), grâce aux influences de Franz Leenhardt puis de Henri Bois à la Faculté de Montauban-Montpellier, et de l’autre côté les libéraux du Midi généralement spinozistes ou du moins rousseauistes et unitariens. Wilfred Monod cassait les aprioris de ces deux milieux par son fidéisme confessant, futuriste et social.


Peut être que, plus consensuel, Victor était tiraillé par le doute : « qui pourrait douter que le système de Copernic n’ait contribué à affaiblir la foi des chrétiens en une vie future et compromis gravement l’image traditionnelle du séjour des élus ? ».

 

Certaines pages de Victor annoncent celles des théologiens de la mort de Dieu, trente ans plus tard.


Dieu chancelant, à l’époque de Laplace, ou redevenu crédible, avec la philosophie de Bergson, ne doit pas être « excommunié de l’Univers » selon la formule de Wilfred. C’est dans l’univers, dans la chose du réel, que Victor veut replacer le possible Mystère. Mais non sans tension : Dieu exprime un impératif et une contestation morale, un devenir qui focalise une protestation.


Victor Monod tout autant que son cousin est conscient du dilemme mais à la différence de celui-là, ne s’arrête pas à l’antinomie. Wilfred Monod, qui pourtant correspondit avec Bergson, reproche à son cousin de confondre l’Esprit du Père avec « l’élan vital » qui reste, pour lui, celui de la jungle.


Le Dieu chrétien est né au confluent de deux pensées distinctes et s’est enrichi de leur fusion ; le Dieu éthique issu de la tradition juive et chrétienne, et le Dieu physique, issu de la tradition grecque qui répond au principe d’explication nécessaire au premier courant. Pour Victor, les deux chemins pour arriver jusqu’à Dieu ne sont pas deux temps dans la Révélation, Dieu sauveur et Dieu créateur, mais deux expériences humaines, toutes deux nécessaires. La crédibilité du discours chrétien demande la superposition des deux méthodes : le salut et la science. Victor annonce : « nous apercevons un seul et même Dieu dans la conscience et la nature ». Wilfred répond : « je n’aurais pas écrit le problème du Bien si je pouvais accepter cet aphorisme » !


Annette-Monod-infirmiere-du-Val-D-Hiv---photo-du-film-film.jpg Et pourtant Victor et Wilfred se ressemblent : piétistes issus du Réveil tout les deux, mais rejoignant la gauche théologique (Victor Monod est nommé à la faculté de Strasbourg pour être le porteur de cet humanisme là, francophile, internationaliste et pacifiste, mort trop jeune il n’eut pas à se déterminer contre Hitler ; il l’aurait fait sans doute comme sa nièce infirmière au Vél d’Hiv) ; leurs problématiques symétriques divergent en apparence. Dans les chaires, les sacristies, les lieux de prière ou d’action sociales, les deux Monod étaient-ils « du monde » selon Jean 17/16 ? Wilfred est déconstructiviste, Victor cherche, lui, un système conceptuel apologétique. Victor explique la spatialisation naturelle de Dieu puis son impossibilité à l’époque moderne et le repli stratégique de Pascal et de Kant, dans le contexte de leur époque, comme nécessaire. Le débat est tout autant cosmologique que théologique : il convient d’après lui, qui écrit en 1933, de tenir compte des découvertes de Planck et d’Einstein !

 

Annette Monod infirmière du Vél d'Hiv ; photo du film de Roselyne Bosch.

 

Mais, regrette Victor Monod, à chacune des époques, beaucoup restent dans les schémas de l’époque précédente. Au siècle des Lumières beaucoup  pensaient dans le cadre aristotélicien. Et encore aujourd’hui peu réalisent les nouveautés conceptuelles des théories ondulatoires, des quantas et de la relativité. Il est à remarquer et regretter que beaucoup restent marqués par les visions mécanistes et antispiritualistes du monde. « Dieu est à chercher dans le temps » : temps socialiste ? temps bergsonien ? Sans doute la problématique de Victor Monod serait à revisiter sur plusieurs points aujourd’hui. Victor Monod commit la maladresse de vouloir sauver Bergson contre Einstein. Ni le temps, ni la durée ne doivent rester absolus.


Ce n’est pas Victor mais Wilfred qui écrivait : « le domaine du surnaturel semble s’élargir devant la pensée contemporaine, à mesure que la matière nous apparaît toujours plus mystérieuse, toujours plus rapprochée de l’Energie invisible, inétendue, qui vibre au fond des choses. La matière semble spiritualisée ». Comme il s’intéressait à la paléontologie avec son fils Théodore, l’anti-dogmatique-toujours-curieux et l’anti-sectaire Wilfred Monod se serait sans doute intéressé à Fritjof Capra s’il avait vécu en 1975 !

Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 18:14
- Par Michel Jas - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté
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