le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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Lu dans le Guide "Michelin" sur l'Espagne (3ème édition, 1998, p. 21) cette notice :

 

Il est difficile d'évoquer l'histoire et la culture de l'Espagne sans mentionner la présence juive dont témoignent encore les "juderias" (anciens quartiers juifs") et quelques synagogues à Tolède, Cordoue, Séville, Palma et Gérone.

synagogue-de-tolede.jpeg

La synagogue de Tolède, fondée en 1357 par le conseiller et trésorier du roi Pedro de Castille (Pedro le Cruel), elle avait été convertie en église catholique après l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 (photo prise en février 2014).

 

Les séfarades ou sefardim ("Sefarad" est le mot hébreu désignant l'Espagne) arrivèrent dans la péninsule ibérique dès l'Antiquité en même temps que les Phéniciens et les Grecs. Au VIII° siècle, ils accueillirent avec sympathie les musulmans qui leur confièrent les charges de négociateurs auprès des chrétiens. Commerçants, banquiers, artisans, médecins, savants, ils jouèrent un rôle important dans les domaines économique, culturel et scientifique ; certains devinrent célèbres comme Maïmonide de Cordoue. Les juifs furent particulièrement prospères sous le califat de Cordoue (XX°-XXI° s.), mais à la fin du XI° s. l'intolérance des Almohades les fit partir d'Andalousie vers Tolède et la Catalogne (plus particulièrement à Gérone).

Sur les Juifs de Gerone, voir l'article de Didier Long sur son blog "Nahmanide à Gérone" (lien). En Catalogne, en 1492, ils étaient 4000 à Barcelone, 800 à Gérone et à Perpignan, 500 à Lleida et 300 à Tortosa.

Ils furent ensuite persécutés par les chrétiens (un décret royal les obligeait à porter un morceau d'étoffe jaune ou rouge) et finalement expulsées par les Rois Catholiques en 1492. Certains choisirent la conversion au catholicisme, d'autres bien que convertis continuèrent à pratiquer le judaïsme dans la clandestinité (les marranes), la plupart émigrèrent vers les pays méditerranéens, la Hollande, et les pays anglo-saxons.

Les séfarades représentent aujourd'hui 60% de la diaspora juive. Quelques uns ont conservé leur langue, le ladino, qui est du pur castillan du XV°s

Mardi 2 septembre 2014 2 02 /09 /Sep /2014 16:59
- Par La Besace des unitariens - Publié dans : sur le judaïsme médiéval - Communauté : Religions en toute liberté

sigrid_hunke_2.jpg Historienne des religions et écrivain allemande, spécialisée dans l'étude des religions, Sigrid Hunke est née le 26 avril 1913 à Kiel (un important port allemand donnant sur la Baltique). A l’université, à partir de 1934, elle fait des études de psychologie, de philosophie et de science des religions avec, entre autres les professeurs Martin Heidegger (1889-1976) et Karlfried Graf Dürckheim (1896-1988).


Le philosophe Martin Heidegger, étudiant d’Edmund Husserl et immergé dans le projet phénoménologique de son maître dont il devient l’assistant en 1916, puis prend sa succession à l’université de Fribourg en 1928. Il devient recteur de cette université de 1933 à 1934 et
adhère au Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP), dont il se serait éloigné par la suite. Voir l’article Wikipedia qui lui est consacré (lien).
K. G. Dürckheim est lui aussi un philosophe allemand initié à l'école du Zen Rinzai. A partir de 1931, il est professeur de psychologie, à Breslau puis à Kiel, mais il doit quitter l'enseignement quand il est découvert que sa grand-mère était juive. Il se reconvertit dans la diplomatie et, en 1935, il travaille pour le Ministère des affaires étrangères et effectue, au Japon, des recherches sur les fondements spirituels de l’éducation japonaise et le bouddhisme zen. En octobre 1945, il est arrêté là-bas par les Américains. Il revient en Allemagne en 1947, où il est l’un des principaux introducteurs du zen ; il conçoit, construit et aménage, à Rütte, près de Todtmoos, en Forêt-Noire, un «Centre de formation et de rencontres de psychologie existentielle» en proposant une thérapie initiatique. Voir l’article Wikipedia qui lui est consacré (lien).


Son adhésion au nazisme
Elle milite à l'Union des étudiants nationaux-socialistes allemands (NSDS) et s’inscrit le 1er mai 1937 au Parti national-socialiste (NSDAP). Elle collabore aux recherches menées par l'Ahnenerbe et donne des articles à sa revue "Germanien".


Sur Wikipedia (lien) l'Ahnenerbe, traduit par « Héritage ancestral » (ou plus exactement Ahnenerbe Forschungs und Lehrgemeinschaft, c’est-à-dire « Société pour la recherche et l'enseignement sur l'héritage ancestral »), était un institut de recherches pluridisciplinaire nazi, créé par le Reichsführer-SS Heinrich Himmler, Herman Wirth et Walther Darré le 1er juillet 1935. Intégré aux SS en janvier 1939, l'Ahnenerbe avait son siège à Munich. L'institut avait pour objet d'études « la sphère, l'esprit, les hauts faits et le patrimoine de la race indo-européenne nordique » avec comme outils la recherche archéologique, l'anthropologie raciale et l'histoire culturelle de la « race aryenne ». Son but était de prouver la validité des théories nazies sur la supériorité raciale des « Aryens ».


En 1941, elle passe son doctorat à la faculté de Philosophie de l'Université de Berlin sous la supervision du psychologue, anthropologue et islamologue Ludwig Ferdinand Clauss (1892-1974) (lien). Ce dernier était par ailleurs un des promoteurs des théories raciales que Sigrid Hunke fit siennes dans sa thèse et par la suite bien qu'avec discrétion. En 1942, elle épousa le diplomate Peter H. Schulze (qui continuera sa carrière au service de la RFA) et ensemble, ils vécurent à Tanger jusqu'en 1944.

Egérie de l’unitarisme allemand
Dans les années 1950, elle rebondit au sein de la mouvance unitarienne allemande où elle va s’imposer comme idéologue grâce à son activité d’écrivain ; en 1960 elle publie en effet deux ouvrages qui la rendront célèbre : Allahs Sonne über dem Abendland / Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident, et Europas eigene Religion / La Vraie Religion de l'Europe. Suite à la guerre de 1967, l’Allemagne mène une politique pro-arabe et l’envoie donner des conférences aux universités arabes de Tunis, Alger, Tripoli, Alep (en Syrie). En couronnement de son engouement en faveur de l’islam, elle est nommée en 1974 membre d’honneur du « Conseil supérieur des questions islamiques » au Caire.
Elle assure durant douze ans, de 1971 à 1983, la vice-présidence de la "Deutsche Unitarier Religionsgemeinschaft" (DUR), puis s'en retrouve en 1985 la présidente honorifique.
À partir de 1986, conformément à ses aspirations d’une Europe basée sur des valeurs « païennes », elle participe régulièrement au Séminaire de Thulé, fondé par Pierre Krebs (1946-) à Kassel ; et publie dans la revue Eléments (titre complet : Éléments pour la civilisation européenne, revue trimestrielle publiée depuis 1973 par le GRECE « Nouvelle Droite).


Né en 1946 à Alger, le français Pierre Krebs fait des études de philosophie et de droit à l’université de Montpellier et de journalisme à l’École supérieure de journalisme de Paris, puis de sociologie et de science politique à la Sorbonne. Au milieu des années 1960, il a été militant du courant « national-européiste » avec Dominique Venner, en participant au Mouvement nationaliste du progrès puis en animant le Rassemblement européen de la liberté dans le Languedoc. Il a ensuite été l'un des fondateurs du GRECE (« Nouvelle Droite »), et a participé à la revue Éléments. Puis, il s’installe en Allemagne où il étudie à l'université de Göttingen, puis donne des conférences à celle de Kassel. En 1980, il fonde le Thule-Seminar (« Séminaire Thulé »), un cercle de Nouvelle Droite situé à Kassel en Allemagne dont il est toujours membre aujourd'hui.
En 1992, il a soutenu une thèse de doctorat en littérature française, portant sur « Paul Valéry face à Richard Wagner » à l'Université Paris XII. (voir l’article de Wikipedia qui lui est consacré, lien).
Dans son livre Combat pour l'essentiel (publié chez Pan-Europa, en 2002), il dénonce les fondement idéologiques du multiculturalisme et développe un contre-modèle, celui de l'hétérogénéité des peuples.


Mais cela se gâte du côté de la DUR. Comme on l’a vu, elle essaie de rebondir au sein de la Nouvelle droite. Finalement, en 1988, avec la minorité unitarienne de tendance völkisch (néo-païenne), elle fait sécession avec 200 fidèles sur 600 pour fonder l’année suivante, en 1989, la Bund Deutscher Unitarier / Ligue des unitariens allemands (BDU) avec en sous titre : Religionsgemeinschaft europäischen Geistes / Communauté religieuse pour l’esprit européen.
Elle décède le 15 juin 1999 ; au nom des unitariens qui l’ont suivi dans sa dissidence, Bernard Bühler lui rend hommage : « Sigrid Hunke est retournée à la Grande Unité de la vie et de la mort. Sa vie et son œuvre ont eu et garderont une importance », hommage que l’auteur place en référence à Maître Eckhart : « Je possède une force en mon âme, totalement et immédiatement réceptive à Dieu »

Sources :
1998, juin - Horst Junginger - Sigrid Hunke : Europe's New Religion and its Old Stereotypes ; université de Tübingen.
1999 - Hommage à Sigrid Hunke (1913-1999), par Bernhard Bühler, au nom de la « Ligue des Unitariens allemands » (Hommage paru dans Glauben und Wirken / La Foi et le Travail, juillet-août 1999), puis dans Nouvelles de Synergies européennes, n° 42, septembre-octobre de la même année, p. 15.
2014 - Encyclopédie Wikipedia : article à son nom (lien).

Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 10:09
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

1° - les races, les peuples
1935 - Schulungsbrief, Rassenseelenkunde (« Lettre de formation : psychologie de la race »), article court,
1941 - Herkunft und Wirkung fremder Vorbilder auf den deutschen Menschen (« Origine et effet des modèles étrangers sur le peuple allemand »)., Berlin,‎ 1941, 173 p. ; mémoire de philosophie dactylographié, université de Berlin.

2° - hommes et femmes
1955 - Am Anfang waren Mann und Frau : Vorbilder und Wandlungen der Geschlechterbeziehungen (« Au commencement, les hommes et les femmes : les modèles de rôle et les relations entre les sexes »), Hamm, Grote,‎ 312 p.

sigrid_hunke_allah-copie-3.jpg 3° - l’islam
1960 - Allahs Sonne über dem Abendland - Unser arabisches Erbe, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt,‎ 375 p. ; traduit en français par Solange et Georges de Lalène sous le titre « Le Soleil d'Allah brille sur l'Occident : notre héritage arabe » et publié à Paris en‎ 1963, 405 p. ; puis réédité toujours à Paris par Albin Michel, coll. « Espaces libres » (no 76),‎  en 1997, 414 p.
1976 - Kamele auf dem Kaisermantel : Deutsch-arabische Begegnungen seit Karl dem Großen (« Des chameaux sur le manteau impérial : les rencontres germano-arabes depuis Charlemagne »), Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt,‎ n°19
1990 - Allah ist ganz anders : Enthüllung von 1001 Vorurteilen über die Araber (« Allah est très différent : révélation de 1 001 préjugés sur les Arabes »), Bad König, Goldmann Verlag,‎ 142 p.

4° - l’Europe
1965 - Das Reich ist tot - es lebe Europa. Eine europäische Ethik (« L'Empire est mort, vive l'Europe ! Une éthique européenne »), Hanovre, Pfeiffer,‎ 192 p.
1969 - Europas andere Religion : Die Überwindung der religiösen Krise (« L'Autre religion de l'Europe : le dépassement de la crise religieuse »), Düsseldorf et Vienne, Econ Verlag, 558 p.
1971 - Das Ende des Zwiespalts : Zur Diagnose und Therapie einer kranken Gesellschaft (« La fin de la discorde : diagnostic et traitement d'une société malade »), Bergisch Gladbach, Lübbe,‎ 245 p.
1979 - Glauben und Wissen : Die Einheit europäischer Religion und Naturwissenschaft (« Foi et science : l'unité de la religion et de la science européennes »), Düsseldorf,‎ 306 p.
1983 - Europas eigene Religion : Der Glaube der Ketzerla propre religion de l’Europe : la foi des hérétiques »), Bergisch Gladbach, Bastei Lübbe,‎ 432 p. ; publié en français en 1985 à Paris aux éditions Le Labyrinthe, coll. « Livre-club du Labyrinthe »,‎ 286 p.
1989 - Vom Untergang des Abendlandes zum Aufgang Europas : Bewusstseinswandel und Zukunftsperspektiven (« De la chute de l'Occident à l'émergence de l'Europe : l'évolution des consciences et les perspectives d'avenir »), Rosenheim, Horizonte-Verlag,‎ 335 p.

5° - l’unitarisme
1974 - Das nach-kommunistische Manifest : Der dialektische Unitarismus als Alternative (« Le Manifeste post-communiste : l'unitarisme dialectique comme alternative »), Stuttgart,‎ 240 p.

6° - divers
1986 - Tod - was ist dein Sinn ? (« Mort, quel est ton sens ? »), Pfullingen, Neske,‎ 1986, 164 p. ; recension de Bertrand Eeckhout dans Synergies européennes, 1986.

Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 09:49
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

Dans son hommage à Sigrid Hunke (1999), Bernhard Bühler, unitarien l’ayant suivi dans sa dissidence, évoque son panthéisme. Nous reproduisons ici, en version française, les citations qu’il présente :


« Lorsque je jette un regard rétrospectif, c’est toujours cette même image qui me revient, qui s’anime, si vivante, devant mes yeux, cette image qui m’a accompagnée si souvent dans la vie : un ciel immense plein de nuages sombres qui chassent, très haut au-dessus de pâturages vallonnés, où se blottissent les fermes entre de puissants châtaigniers, fouettés par la tempête. Chaque jour, je faisais le même chemin et je me pressais contre ce mur de vent invisible et, lentement, je prenais conscience de me trouver là au beau milieu de la lutte des éléments, et j’avançais ainsi sur mon chemin en solitaire… A cette époque-là, … j’ai appris ceci : tout ce qui, - à la façon de ces arbres battus par la tempête et par les averses, se maintient, tout en croissant et en portant des fruits, - doit être solidement enraciné, doit toujours, et sans cesse, puiser ses sèves profondément hors du sol de ses racines, hors de ce sol primordial et divin. Seules les occupations vides de sens, fébriles, sans ancrages solides dans la religiosité finissent lamentablement, sans résistance et dans l’indifférence, par déboucher sur ces platitudes intérieures, ce vide et cet assèchement de l’âme, propre de tout ce qui reste collé à la superficialité du monde matérialiste. Ceux qui veulent aller à l’essentiel, qui veulent créer des valeurs et se réaliser eux-mêmes dans cet acte de création, doivent sans cesse se replonger dans leurs propres profondeurs, pour offrir leur poitrine aux assauts de la vie et puiser dans cette source intérieure les forces pour lancer de nouveaux projets, afin, leur vie durant, de porter et de projeter cet essentiel dans leur vie quotidienne, dans leur profession, dans leur famille et leur communauté ».

Allemagne--DUR.jpeg Représenter l’unité du monde dans notre communauté, approfondir le sens de cette unité, voilà ce que fut le projet de Sigrid Hunke. Avec les mots simples que nous venons de rappeler ici, elle nous transporte au centre même de sa vision religieuse du monde, qui est aussi la nôtre. En se référant à Wilhelm Hauer et à Friedrich Schöll, elle a été pendant douze ans la vice-présidente de la « Communauté religieuse des Unitariens allemands » ; elle nous a transmis ce qui, à ses yeux, était « l’autre religion de l’Europe », la vraie religion de l’Europe, celle qui allait permettre au divin « de revenir dans sa réalité » (Schöll). Dans de nombreux écrits et discours, elle nous a explicité cette pensée et cette religiosité unitariennes, elle nous a montré son enracinement profond dans la philosophie et la théologie de l’Antiquité, du Moyen âge et de notre époque contemporaine. Elle nous a expliqué la profondeur et l’ampleur de cette vision unitaire de Dieu et du monde.

Illustration : l'emblème de la DUR représente un faisceau de runes (alphabet resté non déchiffré et  utilisé d'une façon ésotérique par les peuples du Nord de l'Europe ; les runes les plus anciennes attestées datent d’environ 50 de l’ère chrétienne, et ont été trouvées sur la broche de Meldorf ; parmi les hypothèses : celle d'une relation commerciale entre les Etrusques et les Scandinaves).

Comme par un coup de fanfare, Sigrid Hunke, nous a communiqué, en 1969, à Heide, dans une allocution à l’occasion d’une fête, quelles seraient les thèses fondamentales de son livre La vraie religion de l’Europe. Elle a cité un témoin majeur dans l’histoire de la pensée européenne, Nicolas de Cues : « Qu’est donc le monde sinon la manifestation du Dieu invisible ? Qu’est donc Dieu, sinon l’invisibilité du visible ? N’est-ce pas cet Un, que l’on atteint dans tout ce que l’on peut atteindre ? ».

« Le monde est le déploiement de tout ce que Dieu tient plié en lui. Dieu est le conteneur de tout ce qui se déploie en tout. Il est en tout être, sans pour autant être identique à lui ». En prononçant et en faisant siennes ces paroles de Nicolas de Cues, Sigrid Hunke oppose à la vision du monde chrétienne-dualiste, pour laquelle Dieu et le monde sont fondamentalement différents, la vision unitarienne, où Dieu et le monde sont Un, où ils forment une unitas, la seule unité qui soit.

Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 09:20
- Par La Besace des unitariens - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

A la fin du règne d’Hitler, d’anciens sympathisants cherchent à se reconvertir au sein des Eglises et autres mouvances morales pouvant les couvrir aux yeux des perquisiteurs, ne serait-ce que pour prouver leur bonne volonté de réintégration dans un régime démocratique. La plupart des unitariens allemands ayant abandonné toute référence au christianisme et plus généralement à l’histoire de l’unitarisme commencée au XVIème siècle avec la Réforme protestante anti-trinitaire, firent que leur association, la DUR, fut une proie toute indiquée à un tel entrisme.

Sigrid Hunke expliquant que le christianisme fut le malheur de l’Europe ne pouvait que répondre aux attentes de chrétiens déçus par leur Eglise, culpabilisant vis à vis de l’histoire de la chrétienté (les croisades, la chasse aux hérétiques, le conservatisme social et politique, etc.), ayant perdu une foi ancrée dans leur enfance mais gardant un besoin de transcendance, pris de doute sur l’existence de Dieu, etc. En plus, des chrétiens remettant en cause la morale judéo-chrétienne et attirés par l’exotisme culturel de la grande civilisation que fut l’islam. En cela, elle ne fut pas gourou, mais tout simplement en phase avec les états d’âme de bon nombre d’unitariens allemands. Bref, il ne semble pas qu'il ’y ait eu de sa part de violence idéologique !
Elle apporta avec elle une mouvance néo-païenne mais qui, loin des cultes à reconstituer, se contentait d’une vague religiosité, d’un sentiment mystique et fusionnel avec la Nature … lequel déboucha, plus prosaïquement, sur l’écologie (toujours d’actualité chez nos amis unitariens allemands). Une Europe païenne, célébrant le génie ancestral des peuples, retrouvant son harmonie avec les forces naturelles, prônant l’unité de tout (de l’homme et de la femme, de Dieu et de la nature, des peuples païens entre eux), bref un mythe fondateur car il s’agit bien entendu d’une vision tout à fait idyllique.
Saluons chez elle, non sa compétence scientifique car elle procède par accumulation de faits déjà connus et qui ne sont pas en relation de causalité (1) ! mais la continuité de sa réflexion et une vision à l’échelle de l’Europe (qu’elle partagea avec la mouvance intellectuelle d’une Extrême Droite européenne). Comme on dit, en plus de son talent littéraire, elle avait du souffle !


(1) Dans « La Vraie Religion de l'Europe ; la foi des hérétiques » (en allemand, 1983), elle voit une survivance du paganisme en Occident à travers les diverses hérésies du christianisme dont elle analyse les convergences. Pour Alain de Benoist, dans son livre « Comment peut-on être païen » (Paris, A. Michel,‎ 1981) : « dans ces convergences, elle a su lire une continuité spirituelle exprimant les lignes de force d'une « religion de l'Europe » - la vraie religion de l'Europe -, une religion qui apparaît dès la fin du IVe siècle avec Pélage, qui réapparaît au IXe siècle avec Scot Erigène, qui se poursuit au XVIe siècle avec Maître Eckhart et ses disciples... et dont les héritiers, à des titres divers, sont aussi bien Érasme et Léonard de Vinci que Henry More, Shaftesbury, l'essentiel du mouvement romantique et idéalisme allemand, Goethe, Kant, Fichte, Schelling, Schleiermacher et Herder, les Russes Théophane et Berdiaev, les Français Teilhard de Chardin et Saint-Exupéry, etc. [ndlr – ouf ! Attrape-tout la Nouvelle Droite !]. Chez la plupart de ces auteurs on retrouve en effet, portés au plus haut niveau, certains thèmes fondamentaux de la pensée païenne telle que nous nous sommes efforcés de la définir jusqu'à présent : en premier lieu l'unité transcendantale du cosmos, la continuité entre Dieu (ou les dieux) et le monde - un monde dont l'être est parfait mais non immobile, qui est le lieu d'un devenir permanent en toutes directions ; un Dieu qui rend le fini lui-même infini, qui conduit à penser l'espace et le temps comme infinis » (cité dans l'article Wikipedia consacré à Sigrid Hunke).
Curieusement, il y a un chaînon manquant car le nom de Michel Servet, pourtant à l’origine de l’affirmation antitrinitaire dès 1531 et donc de l’unitarisme qui s’en est suivi, n’est pas cité ; lui pourtant qui était l’un des rares de son temps à avoir lu le Coran (lien) ce qui aurait dû plaire à S. Hunke ! Ses amis unitariens allemands ne lui en auraient-ils donc pas parlé ? Impasse logique pour une communauté qui a décidé de vivre « ici et maintenant » et qui ne s’intéresse pas à l’histoire à laquelle sa dénomination devrait pourtant l’inciter !


sigrid_hunke_manifeste_post_communiste.jpg Que nos amis unitariens allemands ne se plaignent pas car elle fit de l’unitarisme, dans sa  « Dialectique Unitarienne », ni plus ni moins, une alternative aux idéologies en vogue que sont le marxisme hégélien et la psychologie freudienne. C’est beaucoup d’honneur pour une mouvance de quelques 600 personnes …

Mais, controversée, surtout à cause de son passé d’adhérente au nazisme puis de ses fréquentations avec la Nouvelle Droite, les éléments progressistes de la DUR finirent par la pousser dehors (mais toutefois sans l’exclure car elle part d’elle-même … avec 200 unitariens !).
Depuis, c’est l’Omerta dans les rangs de la DUR ; faut dire que celle-ci dût répondre à l’accusation d’être une secte nazi car, en 1999, cela alla jusqu’aux tribunaux avec un procès en diffamation (la DUR ayant été traitée de secte nazie !).
Qu’est devenue la Bund Deutscher Unitarier / Ligue des unitariens allemands (BDU) avec en sous titre : Religionsgemeinschaft europäischen Geistes / Communauté religieuse pour l’esprit européen, qu’elle fonda en 1989. Dans l’état actuel de nos informations, nous ne savons même pas où ce mouvement fut fondé, quels étaient ses statuts, son mode de fonctionnement, ses relations avec les autres groupes unitariens, etc. … et s’il survit aujourd’hui !
Quant à la DUR, elle jouit du monopole de représentation vis-à-vis du réseau mondial des unitariens qu’est l’International council of Unitarians and Universalists (ICUU), et, si le mouvement n’est nullement anti-chrétien, la majorité de ses membres sont athées spirituels (« Humanists » au sens anglo-saxon du terme), panthéistes ou néo-païens, et le passé chrétien de l’unitarisme ne les intéresse pas du tout. Il en est de même d’ailleurs dans les pays voisins, en République tchèque et en Autriche (alors qu’en France et en Italie, c’est la mouvance chrétienne unitarienne qui est la plus active). Est-ce l’état d’un unitarisme dans un contexte de très forte déchristianisation et surtout de sécularisation extrême ?

Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 08:57
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

La carte présente correspond à la "République des deux nations" (en fait une monarchie élective) qui a réuni le grand-duché de Lituanie (qui va alors de la Baltique à la Mer Noire puisqu'elle englobe l'Ukraine) au royaume de Pologne ; il s'agit donc d'une Pologne dans sa plus grande expansion puisqu'elle s'étend vers Moscou ! Elle est publiée dans l'article de l'encyclopédie Wikipedia consacrée à l'histoire de la Pologne ( lien). Elle donne la situation en 1573. Elle est reproduite dans l'article (mais en anglais) de même encyclopédie "Polish Brethren" (lien).

Amorcée en 1386, l'Union de la Pologne-Lituanie est renforcée à partir de 1569 par l'Union de Lublin. Cracovie en est la capitale jusqu'en 1596, date à laquelle le relai est pris par Varsovie. Mais à partir de 1772, ce grand ensemble politique va se trouver progressivement grignoté par les voisins russes, prussiens et la Maison des Habsbourg. 

pologne_1573.png

 

La légende étant en polonais, nous avons un peu de difficulté pour sa lecture. D'ouest en est, nous avons - sauf erreur de notre part - les luthériens (en bleu) avec la présence en leur sein de très nombreux juifs (en rayure orange) - les Juifs constituaient alors de 5 à 10% de la population totale * - et des communautés mennonites (en points rouges) près de la fontière d'avec les Pays-Bas, leur foyer d'origine. Puis deux zones (en violet) où le calvinisme s'est développé, avec en leur sein des communautés anti-trinitaires (en croix noire). A Leszno, il y eut une communauté de Frères de Bohème réfugiés. Enfin, en vert, les pays slaves de religion orthodoxe. En pointillé rouge, le catholicisme polonais, partout présent et très dominant (en blanc).

* À la fin du XVe siècle, la Pologne compte à peu près 10 000 juifs, certains venus d'Italie, beaucoup d'autres d'Allemagne. Le pays leur apparaît comme une sorte de « terre promise » par contraste avec la situation qui leur est imposée dans les autres pays d'Europe où on les expulse comme en Angleterre, en Espagne et en France, où on les enferme dans des ghettos comme en Allemagne et en Italie, et où on les convertit de force comme en Espagne et au Portugal (Wikipedia, Histoire de la Pologne).

 

La Petite Eglise polonaise anti-trinitaire, issue d'une scission au sein du calvinisme polonais, existera  de 1565 à 1658 (décision de la Diète : la convertion des anti-trinitaires au catholicisme ou l'exil). A cette époque, les anti-trinitaires sont traités d'ariens (d'où cette dénomination sur les cartes religieuses de l'époque).

 

Ajout du 27 juin 2014 - commentaire de Michel Jas au sein du groupe "Protestantisme libéral" sur Facebook, même date :

Il faudrait ajouter à cette carte la présence de Karaïms de langue turque (des régions baltes : Birzai, Karaimu-Naujamiestis, Troki, Novogrodek ; et dans la partie méridionale de la Pologne : Loutzk, Zolkiew, Sambor, Kukizow, Brzezmy, Halitch) qui furent peut être les Israelites non-juifs qui ont donné, prêté ou vendu les manuscrits hébraiques aux protestants .. Puis [ndlr - mais pas forcément à la date de la carte ni dans le cadre des Deux Royaumes] les dissidents dualistes ou judaïsants plus à l'Est dans les régions dominées par l'orthodoxie ...

Mercredi 18 juin 2014 3 18 /06 /Juin /2014 08:08
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le socinianisme - Communauté : Unitariens

"From Christianity to Unitarian Universalism and Back Again" par Matt Tittle, article publié le 30 avril 2014 sur sa page Facebook (lien) ; traduit en français par Emile Bauer VDM, pasteur à Saverne de l'Union des Eglises protestantes d'Alsace et de Lorraine (UEPAL) et membre du groupe Unitariens francophones sur Facebook. 

Le récit ci-dessous est une confession et profession de foi profondément personnelle. J’ai longtemps débattu pour savoir quand il fallait articuler et partager cette histoire. Je sens maintenant que le temps est venu. Je me sens vulnérable en partageant ces mots. J’espère qu’une saine conversation peut s’en suivre. J’espère aussi que cette conversation sera respectueuse et menée dans un esprit d’apprentissage plutôt que d’affirmation. Ces paroles, croyances et idées sont miennes. Je les propose pour ce qu’elles sont, mais je ne discuterai pas plus de leur validité que je ne réfuterai celles d’un(e) autre. J’espère que vous continuerez votre lecture …

 

Matt Tittle est né à Charleston en Caroline du Sud où il fit des études au St. Andrews Parish High School puis à l’université de cet Etat (en sciences politiques). Il s’engage dans l’US Naval, puis il suit des études de psychologie de l’éducation à l’université de l’Illinois. Il s’engage dans le ministère unitarien après avoir fait des études de théologie en 2004 à la Meadville Lombard Theological School (Chicago). Depuis décembre 2013, il reste ministre du culte mais désormais indépendant, à son propre compte, intervenant à la demande. Il vit en couple avec Debbie Cole, instructrice en T'ai Chi Chih et candidate au ministère unitarien-universaliste. Il habite à Austin, la capitale du Texas.

 

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L'Américain Matt Tittle à l'Eglise unitarienne d'Auckland en octobre 2013, mariage d'un couple homosexuel. Les conjoints allument leur bougie à la flamme du calice des unitariens afin de témoigner de leur unité spirituelle. Auckland est située dans l'Île du Nord de la Nouvelle-Zélande ; elle n'est pas la capitale de ce pays (c'est Wellington), mais la plus grande ville avec plus de 1.300.000 habitants. M. Tittle y exerça comme ministre du culte consultant de février à décembre 2013.

 

Mon histoire, ma confession, ma joie et ma peine, ma réalité, c’est que j’ai perdu ma foi en l’Eglise unitarienne-universaliste (UU) et son -ISME * -, tel que pratiqué plutôt que tel qu'enseigné, et je suis revenu au christianisme. Certes mon christianisme retrouvé est plus libéral que celui de mon enfance ; cependant il est clair pour moi que, désormais, je suis premièrement - mais pas exclusivement - un suiveur de Jésus. Ceci est survenu près d’un quart de siècle après que j’eusse découvert l’Eglise UU ; pendant les dix dernières années de cette période, j’ai été un pasteur ordonné UU.
Je reconnais que le plus gros du changement a été le mien. Mes croyances ont changé. Ma foi a changé. Ma théologie a changé. Moi, j’ai changé. Mes changements m’ont amené à embrasser des croyances et des pratiques plus larges et pluralistes que celles dont j’ai fait l’expérience dans des communautés UU.  Ironiquement, c’est exactement cela que l’UUisme a longtemps prétendu offrir, mais que j’ai rarement trouvé dans la pratique.
* NOTE : la présente profession ou confession de foi, perdue et regagnée, est remplie d’étiquettes. Je trouve ces étiquettes utiles, mais je reconnais que beaucoup de gens ne partagent pas cette opinion. Je comprends aussi que les définitions que je propose ici peuvent différer selon les personnes. Je n’ai pas l’intention  de débattre de ces différences, mais d’embrasser toutes les  variantes comme des vérités légitimes.

Je ne crois pas que l’UUisme, quant à lui, ait beaucoup changé. Je sens toutefois que beaucoup, sinon la plupart des ministres UU jeunes ou récemment ordonnés sont plus spiritualistes et théistes que leurs prédécesseurs humanistes et naturalistes. Il devrait en résulter du changement au cours de la prochaine décennie ou vingtaine d’années à venir, mais cela rencontrera une forte résistance de la part de ceux qui sont venus à l’UUisme pendant les quelques décennies passées. Des individus et des familles plus jeunes venant à l’UUisme ont en effet des similarités avec notre nouveau et plus jeune clergé.
Les systèmes résistent au changement. Les cultures évoluent lentement. L’Eglise UU est à la fois un système et une culture distincte. La résistance que j’ai rencontrée à travers plus de deux décennies a été une posture anti-chrétienne largement répandue. Je n’ai pas l’intention d’entrer à fond dans la  discussion qui existe depuis longtemps d’un langage de révérence ou le débat humaniste et théiste, mais mon parcours s'est traîné - souvent pesamment - au travers des tourbillons et des vagues sur ces sujets. En fait, la seule fois que j’ai laissé voir la croix simple que je porte autour du cou dans une congrégation UU (en tant que pasteur UU !), j’ai été confronté à la méfiance, à la critique et à l’offense de la part de leaders de l’assemblée plutôt que d’un questionnement en vue de comprendre. Je dis cela tout en reconnaissant qu’il y a des chrétiens UU pratiquants et des congrégations qui les acceptent et qui mettent en pratique une foi proche de la foi chrétienne ; mais ces adhérents et ces congrégations constituent une faible minorité.
L’UUisme a été habité par une culture d’humanisme dominante depuis les années 1950 au moins. Moi aussi, je suis venu à l’UUisme comme anti-chrétien, comme athée revendiqué, puis comme humaniste. J’ai conservé mon identité humaniste pendant les premières années de mon ministère, mais j’ai aussi commencé à m’identifier comme panthéiste (c’est-à-dire : Dieu est en tout, tout est en Dieu et la somme est plus grande que les parties) ce qui est le plus souvent synonyme de la théologie du Process (c’est-à-dire, Dieu est l’univers en progrès. Le changement et la RE-création sont une constante).
Pendant ces années de transformation, les histoires et la sagesse de textes sacrés chrétiens, juifs, bouddhistes et taoïstes ont ainsi davantage résonné en moi que d’autres. J’ai enseigné à partir d’eux le plus souvent, tout en utilisant encore les nombreuses sources de la tradition UU. Lorsque j’ai enseigné à partir des écritures chrétiennes (canoniques ou non) dans des congrégations UU, j’ai toujours reçu des critiques sous les formes suivantes : « votre sermon était trop chrétien », « je ne veux rien entendre (du tout) de Jésus », « je ne veux pas entendre (autant) de Jésus », « nous ne sommes pas chrétiens », « nous avons évolué depuis le christianisme ». « Votre sermon  m’est une offense en tant que (juif, païen, humaniste, etc…) » et ainsi de suite. Je reconnais que de tels sentiments ne sont pas généralisable à l'ensemble de l’UUisme et probablement même pas à la majorité, mais ils sont les plus bruyants et les plus stridents. Dans un registre similaire, j’ai entendu des membres de congrégations UU dire à des visiteurs « nous ne sommes pas (ou plus) des chrétiens » ; « même si vous êtes chrétien, vous êtes quand même le bienvenu ici », « pourquoi n’allez-vous pas dans une Eglise chrétienne ? » Et en désignant une troisième personne en disant « ça me fait du souci qu’il/elle soit chrétien(ne) ».
Cette intolérance ou tolérance à minima n’a jamais eu mon accord. En scrutant plus profondément ce phénomène, j’en suis arrivé à répondre par une citation attribuée le plus souvent à l’ancien président de l’Association unitarienne universaliste (UUA), le révérend John Buehrens, et parfois à feu le révérend Forrest Church : « Parlez-moi du Dieu auquel vous ne croyez pas, parce que, probablement, je ne crois pas non plus en ce Dieu-là ». Sur cette base, je me mis à enseigner et à prêcher une remise en question des tendances de rejet qui sont envahissantes dans le cadre des congrégations UU.
Enseigner un rejet du rejectionnisme est une intéressante méta conversation étant donnés les fondements et l’héritage des UU (et unitariens et universalistes) lesquels firent leur chemin à travers une série de rejets et de protestations à commencer par la Réformation protestante. J'ajouterai qu'on retrouve aussi cela entre autres dans les écritures hébraïques et chrétiennes. Néanmoins, c’est ce que je commençai à enseigner, apprenant, chemin faisant, que je n’étais certainement pas le premier à le faire. Le président du conseil d’administration d’une congrégation que je desservais m’a une fois demandé lors d’une conversation de quatre heures (qui se ressentait plutôt comme une inquisition), « Qu’en est-il des transcendentalistes ? » Ma réponse immédiate fut que j’enseignais le même message que les transcendentalistes, dont on admettait qu’ils étaient des chrétiens [Ndlr - Ralph Waldo Emerson, fondateur de ce courant philosophique, quitta à la fois son ministère unitarien et la religion chrétienne et toute religion ! Ceci dit, il ne tint jamais de propos anti-chrétiens, sinon que l'homme moderne doit penser par lui-même, puiser en lui et en contact avec la Nature, sans être prisonnier d'une quelconque tradition, christianisme inclus]. J’utilisai l’exemple d’un ministre unitarien, le révérend Théodore Parker, dans son sermon de 1841 : « Discours sur le périssable (ou transitoire) et le permanent dans le christianisme » qu’il prononça à l’ordination d’un collègue. Dans ce sermon, Parker dit : « Mais si, comme certains chrétiens primitifs ont commencé à le faire, on prend un point de vue païen, et qu’on fasse de lui [de Jésus] un Dieu - le Fils de Dieu dans un sens particulier – alors beaucoup de la signification de son personnage (caractère) est enlevé. »
Les unitariens et les universalistes ont enseigné pendant des siècles que l’interprétation de l’Eglise chrétienne et l’enseignement de Jésus comme « le Fils de Dieu dans un sens particulier et exclusif » était incorrect et pour le moins mal orienté – « une vue païenne » selon les termes de Parker. Des unitariens plus anciens (par la pensée plus que par le nom) comme Michel Servet ont été brûlés vifs trois cents ans seulement avant l’hérésie de Parker. Et une hérésie, cela en était une, même dans une chaire unitarienne de mettre en question la divinité de Jésus [Ndlr - la Réforme unitarienne du XVIème siècle est précisément anti-trinitaire et les unitariens n'adressent pas de culte à Jésus] et de promouvoir son état périssable comme un simple messager tout comme tant d’autres. Parker fut banni de la plupart des chaires de ses collègues dans les années qui ont suivi.
Tout cela pour dire que je crois fermement que les interprétations bibliques littérales ou absolutistes, que les athées, les agnostiques, les humanistes, les chrétiens libéraux et d’autres ont rejetées, n’étaient pas nécessairement le message transmis par ces anciens rédacteurs. Je crois qu’ils étaient beaucoup plus intelligents, pourvus de nombreuses facettes, habiles et métaphoriques comme penseurs et auteurs. Il existe clairement des comptes-rendus historiques, des conventions sociales et des conseils de bon sens dans tous les textes sacrés qui peuvent être pris à la lettre. Des chercheurs bibliques modernes comme Elaine Pagels considèrent certains des évangiles (canoniques ou non) comme étant des débats au cours des premiers siècles après la mort de Jésus. Au cours des siècles suivants, certains écrits étaient des histoires sur Jésus qui s’étendaient au-delà des premiers comptes-rendus sur sa vie et son enseignement pour transmettre différentes affirmations pour ces temps particuliers. Ces écrits plus tardifs pourraient être considérés comme des volumes dans la série intitulée  « que ferait Jésus ? » (WWJD = abréviation anglaise du titre) . D’autres furent effectivement rédigés comme des arguments persuasifs pour établir la divinité de Jésus, parmi ceux-ci : l’évangile de Jean et plusieurs des épitres [Ndlr - pas tout à fait !].
Au cours des 500 dernières années, depuis la Réforme protestante, il y a eu de longues histoires parallèles et des cycles comportant souvent des pics apparents de foi et d’absence de foi, de pensée progressiste ou fondamentaliste aussi bien que d’acceptation et de rejet d’interprétations littérales et figuratives ou métaphoriques. La religion opère des mouvements pendulaires. Il est important de se souvenir que les pendules reviennent toujours s’arrêter à leur point d’équilibre même quand ils continuent leur fonctionnement.
Et ainsi mon enseignement et mon apprentissage partent d’un point autre que l’arc d’un pendule. J’affirme que ce que tant de gens ont rejeté soit n’est pas ce que les auteurs originaux ont essayé de dire, soit que des interprétations multiples sont valides. J’ai appris à dépasser mon propre rejet du christianisme dans la diversité des manières. Le plus récent et le plus profond fut en réponse à des chrétiens fondamentalistes qui remirent en question mon interprétation libérale de la Bible au moyen de leurs interprétations littérales. Celles-ci me furent dites le plus souvent au cours des années 2005- 2010 durant lesquelle j'ai tenu un blog public très populaire pour le Houston Chronicle. Comme le savent ceux qui naviguent dans la blogosphère, les commentaires et discussions peuvent y être véhémentes, de niveau bas et sans considération pour le sacré vécu par d'autres. Elles sont remplies d’attaques personnelles et d’allégations qui sont brutales au point de se réduire à « vous avez tort et j’ai raison ». Dans mon cas, avoir tort voulait dire que je brûlerais éternellement en enfer. Face à cette haine  et à cette propre justice, j’appris à expliquer que je ne rejetais aucune écriture particulière, mais que j’en avais probablement une interprétation différente. Ainsi j’appris, par contrecoup, ce qu’étaient mes propres interprétations.
Ceci fut le début de mon retour au christianisme. Je réalisai que les écritures chrétiennes, plus que d’autres, me parlaient de façon profonde. Je découvris que je pouvais bien vivre ma vie en essayant de suivre les enseignements de Jésus. J’appris à trouver un sens plus profond dans ces enseignements en creusant et en plongeant sous les sens superficiels de façon à me retrouver face à des valeurs. Je commençai à enseigner que le président américain Thomas Jefferson avait manqué son but lorsqu’il procéda littéralement à l’ablation de tous les miracles de la Bible, aboutissant à un volume intitulé : «  La vie et la morale de Jésus de Nazareth ». Ces miracles n’ont pas besoin d’être pris littéralement pour recevoir un message de rédemption, de renouveau et de naissance nouvelle. J’enseignai que l’humanisme séculier et religieux qui prit racine dans les manifestes humanistes de 1933 et les suivants étaient hors sujet en rejetant le surnaturalisme comme plateforme primaire, alors qu’ils eussent pu simplement embrasser le naturalisme et voir sa présence dans les textes sacrés, comme l’ont fait beaucoup de naturalistes.
Je pourrais continuer, mais la pointe et la conclusion de mon histoire, c’est que j’ai laissé tomber mes propres rejets pour embrasser une foi, une espérance et un amour qui me parle et s’adresse à moi au travers des écritures chrétiennes. Je ne veux pas parler d’un embrassement dans quelque « sens particulier ou exclusif » que ce soit, et je ne m’attends pas davantage à convertir d’autres personnes à mon point de vue. Je suis retourné vers un christianisme qui probablement s’appelle de façon plus appropriée : l’état de disciple.

Je serai toujours un pasteur UU parce que l’ordination n’a lieu qu’une seule fois. Cependant, j’ai quitté la chaire UU à plein temps pour une raison inverse mais avec le même sentiment que Ralph Waldo Emerson le fit en 1832. Emerson ne pouvait plus, en conscience administrer la communion ou conduire la prière publique. Je me languis après la communion et la prière publique parmi d’autres rituels, rites et sacrements que je ne peux trouver dans aucune congrégation UU à de très rares exceptions près. Cependant, je partage le sentiment d’Emerson que « J’ai parfois pensé que, pour être un bon pasteur, il était nécessaire de quitter le ministère ».
Je continuerai à assister à des assemblées UU à l’occasion et à y prêcher en invité une fois ou l’autre. Mais maintenant je trouve ma maison spirituelle sur le banc chrétien libéral. Ironie du sort, je trouve un unitarisme et un universalisme riche à travers les enseignements de Jésus. Les versets qui, pour moi, incarnent cela se trouvent en Matthieu 22, 37–39 : il lui dit, « tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, et de toute ton âme et de toute ta pensée », tel est le premier et le plus grand commandement. et voici le second qui lui est semblable : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Le premier verset, qui invite à embrasser un seul Dieu, est un enseignement très riche pour un unitarien et le dernier, qui recommande l’amour pour tous les humains, est riche d'universalisme.
Voilà mon voyage du christianisme vers l’unitarisme-universalsime et mon retour. Je trouve que beaucoup des enseignements de l’UUisme sont importants, qu’ils peuvent élever et transformer [l'être] tout comme je le fais avec le christianisme. Cependant je crois que les pratiquants UU ont perdu leur chemin, aveuglés par un exclusivisme et un manque d’identité qu’ils semblent ne pas pouvoir résoudre. Ils sont trop souvent réticents à entendre le message plus profond du christianisme que leurs prédécesseurs avaient enseigné durant des siècles. Bien sûr, la même chose peut être dite à propos de nombreuses pratiques du christianisme. Un plus grand pourcentage de chrétiens quittent leurs congrégations que ne le font les UU. Eux aussi sont en train de perdre leur foi, comme je l’ai fait.

Dans ce cheminement, je me sens comme un homme sans patrie. J’imagine que l’hérésie que j’ai proférée ici me rendra encore moins bienvenu et pas seulement dans quelques chaires des UU. Comme cela a toujours été le cas, il existe très peu de chaires chrétiennes d’où je pourrais délivrer ce message. Mais je suis accoutumé à voyager sur ce sentier particulier. Mes voyages ne sont pas les plus évidents, les plus sûrs, ni même les plus souvent entrepris. Ce sont cependant les miens. J’imagine que je ne suis pas le seul – que des compagnons voyageurs désaffectés issus tant du clergé que du laïcat de toutes les croyances sont sur ce chemin avec moi. J’espère que ces mots pourraient leur parler, peut-être en apportant sur leur propre chemin une lumière ; même si elle est tamisée.

Dimanche 4 mai 2014 7 04 /05 /Mai /2014 06:31
- Par Matt Tittle - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

A document about the missionary effort of the Hungarian Unitarian Church in favor of the Norwegian Unitarian Church at the beginning of the XX century / Document sur ​​l'effort missionnaire de l'Église unitarienne hongroise en faveur de l'Eglise unitarienne de Norvège au début du XX° siècle, par le révérend Dr. Lawrence Sudbury, Ph.D. , publié le 22 avril 2014 sur le site de la Congregazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), et traduit ici en français par Jean-Claude Barbier.
 
Très souvent, en pensant à l'Église unitarienne de la période comprise entre les XIX° et XX° siècles hongrois, nous avons tendance à la voir certes comme une institution historique fondamentale, berceau de notre foi, mais vivant dans des difficultés sévères en raison des conditions géographiques, ethniques et politiques, si bien qu'elle a vraiment besoin de l'aide des Eglises sœurs du monde anglo-saxon. Cette vision, de façon générale, est sans aucun doute juste, mais elle cache le fait que, dans la période que nous examinons et malgré la situation économique difficile dans laquelle elle vivait, l'Église unitarienne hongroise a tenté de son mieux à être aussi une Eglise aidant les nouvelles institutions unitariennes qui naissaient dans d'autres pays. [ndlr - Lawrence Sudbury parle d'effort missionnaire ; il n'y eut pas cependant d'envoi de missionnaires pour de longs séjours, mais seulement, dans le cas ici traité, d'une aide financière].

Une preuve de cet effort est apportée par un document (lien) montrant comment l'Église unitarienne hongroise [ndlr - en fait de Transylvanie] a contribué à l’enracinement d’une communauté unitarienne en Norvège au début du XX°siècle. Il s’agit d’une lettre, datée du 29 septembre 1909, adressée par l’évêque unitarien de Kolozsvar Joseph Ferencz au pasteur de l'Église unitarienne norvégienne, Herman Haugerud. Longtemps en possession de l’ex ministre unitarien Knut Ksm Heidelberg [ndlr - devenu depuis ministre luthérien], elle est désormais conservée dans les archives personnelles du révérend Sandor Leta de l’Eglise unitarienne de Budapest et elle a été portée à mon attention grâce aux investigations du révérend italien Roberto Rosso.

Kolozsvar, le 29 septembre 1909, Hongrie
Révérend et Cher Monsieur,
J'ai lu avec grand plaisir votre lettre dans laquelle vous m'avez dit que vous seriez prêt à accepter les mille couronnes offertes par les Eglises unitariennes de Hongrie pour l'érection d'une nouvelle chapelle unitarienne à Christiania. Je vous transmets à ce jour cette somme par l’intermédiaire d’une banque à Kolozsvar à laquelle j’ai remis votre adresse. J'espère que cet argent vous sera donnée sans difficulté et rapidement. Puisse-t-il être un lien fraternel qui nous relie à vous et sans aucun doute de vous à nous, à l’exemple du lien que nous maintenons avec nos frères anglais et américains depuis de nombreuses années pour notre cause commune qui vise à la diffusion d’un unitarisme éclairé et d’idées religieuses plus libérales. Très cordialement ; je suis sincèrement vôtre.
Joseph Ferencz, évêque de l'Eglise unitarienne hongroise".

Pour comprendre l’importance de ce document, nous devons prendre du recul sur la situation de ces deux Eglises dans la première décennie de 1900. En ce qui concerne l'Église unitarienne hongroise nous devons nous rappeler que, à l'époque, elle avait subi des événements très complexes durant près d'un siècle. Malgré le compromis de 1867, qui visait à résoudre les différends de longue date entre l'Autriche et la Hongrie, les efforts du gouvernement autrichien pour affaiblir les protestants ont continué, et ils ont entre autres visés les unitariens. Ceux-ci furent mis en difficulté en regard de la politique scolaire menée depuis 1856 par le gouvernement autrichien. Celui-ci, dans le cadre de sa politique de germaniser la Hongrie, avait décidé d'y remodeler les écoles et les collèges sur le modèle de ceux de l'Autriche, d’exiger un nombre plus important d'enseignants et d’imposer une considérable augmentation des salaires, ceci sous la menace de fermer les écoles qui ne respecteraient pas ces normes. Les unitariens détenaient et géraient un nombre élevé d’écoles du dimanche et des lycées, mais les exigences du Gouvernement étaient si élevées que la petite Eglise unitarienne, appauvrie par la conjoncture économique récente, risquait bien d'être forcée de passer ses écoles sous le contrôle de l'Etat, avec comme résultat de voir son patrimoine culturel disparaître au profit de l’enseignement catholique. La somme exigée s'élevait à plus de 70 000 $, tandis que la population totale de unitarienne Transylvanie comptait moins de 50 000 habitants.

 

Par un incroyable effort de souscriptions, allant jusqu’à hypothéquer leurs maisons mêmes, les fidèles réussirent à rassembler un certain montant, mais ce n'était pas encore assez et ils ont dû faire appel à l'aide de leurs frères en Angleterre et en Amérique par l'intermédiaire de la British and Foreign Unitarian Association (BFUA) à Londre et du comité exécutif de l'American Unitarian Association (AUA). Les congrégations anglaises ont réussi à réunir quelques £1,230 qui ont été envoyées par le secrétaire de la BFUA à Kolozsvar en août 1858. La somme réunie par l’AUA fut moindre à cause de la situation économique difficile aux Etats-Unis. Bien que les exigences gouvernementales n’aient pas pu être entièrement respectées, le paiement a été accepté et les écoles unitariennes hongroises sauvées.

Cette mobilisation forcée eut toutefois un effet positif dans la mesure où elle contraignit les confessions protestantes à dépasser leurs différences pour s’attacher à la défense de leur patrimoine commun hongrois. Après le compromis de 1867, les effectifs unitariens augmentèrent de quelques 25000 membres. Par ailleurs, les meilleurs étudiants unitariens prirent désormais l’habitude d’aller poursuivre leurs études en Angleterre alors qu’ils allaient auparavant dans des universités de langue allemande. Les relations entre d’une part les unitariens hongrois et d’autre part les unitariens anglais et américains s’intensifièrent avec comme point d’orgue le 400ème anniversaire de la naissance de Ferencz David en 1910.

Au début du XXe siècle, la situation de l'Église unitarienne hongroise s'améliora (E. M. Wilbur, Une histoire de l'unitarisme, volume II, Berkeley U.P., 1952, pp 88-98) : elle jouissait désormais d’une entière liberté religieuse, à égalité avec les autres confessions ; ses fidèles pouvaient accéder aux emplois dans les Administrations et aux postes officiels ; elle disposait de 42 écoles tenues par ses paroisses, de 3 lycées et d’un collège universitaire comprenant une école de théologie. Mieux, elle put bénéficier de fonds de dotation et de subventions de l’Etat pour ses églises et ses écoles.

Avant la catastrophe de la Première guerre mondiale, l'Église unitarienne hongrois pouvait donc donner aux Églises étrangères naissantes le même type d’aide qu’elle avait reçue de ses frères anglo-saxons dans un moment d'extrême difficulté. L'Église unitarienne hongroise, en la personne de son évêque Joseph Ferencz, n’hésita donc pas pour aider l’Eglise unitarienne de Norvège.

Ferencz fut un grand leader et mérite d'être mieux connu. Né à Alparéten [Alparét, Județ de Cluj, Roumanie] en 1835 et mort à Cluj-Napoca [Kolozvar en hongrois] en 1928,  il fut témoin, durant ses 93 années de vie,  des événements fondamentaux dont nous avons parlés. Diplômé au collège unitarien de Kolozsvar en 1855, lorsque le « différend scolaire » prend forme, il étudie ensuite à Göttingen et à l'université de Berlin, puis il se rend aux Pays-Bas, en Belgique et en France ; au début de 1859, il va étudier à Londres pour quelques mois.

 Grâce à cette expérience internationale, il est à même de mesurer l'enthousiasme suscité à l'étranger par l'idée d'un réseau d’aide entre toutes les institutions unitariennes. Ce n'est pas donc par hasard que, après avoir été professeur à Kolozsvar durant de nombreuses années et une fois élu évêque en 1876, l’un de ses premiers soucis fut d'augmenter le salaire des employés de son Eglise s’occupant des relations étrangères et d'apporter son soutien aux relations avec les autorités unitariennes anglo-américaines (il était d'ailleurs un ami proche de Jacques Martineau) - il s’ensuivit une importante participation de ces dernières aux célébrations du 300ème anniversaire de la mort de Ferencz David (1879) et du 400ème anniversaire de la naissance de celui-ci en 1910. Par ailleurs, tout au long de son ministère épiscopal, il combattit les murs dogmatiques entre les dénominations protestantes - ainsi, en 1886, il décida que son Eglise devait participer à la fondation de la Société protestante littéraire. Il n’est donc pas étonnant que l’évêque se soit intéressé aux nouvelles tentatives de créer des institutions unitariennes dans les pays étrangers.
À propos de l'évêque Ferencz, une courte biographie peut être trouvée dans : M. Kelemen, FERENCZ JÓZSEF, Erdélyi unitarius PÜSPÖK KORA ÉS MUNKÁSSÁGA , MAGYAR EGYHÁZTÖRTÉNETI VÁZLATOK REGNUM, 2003/1-2 számában

Malheureusement, il ne reste de cette relation avec l’Eglise unitarienne de Norvège que cette simple lettre, mais on peut imaginer que la correspondance fut plus fournie entre l’évêque Ferencz et le pasteur Haugerud.
kristofer_janson.jpg L'Eglise de Norvège avait été fondée par une personne célèbre, le poète Kristofer N. Janson (né en 1841 à Bergen) (lien). Licencié en théologie de l'université de Christiania [depuis Oslo], il voyagea beaucoup en Europe et, à son retour en Norvège, il était devenu populaire en tant que professeur et auteur si bien qu’il fut invité pour une série de conférences aux États-Unis en 1879. Le succès de ses conférences fut si grande que, l'année suivante, son ami Bjørnstjerne Bjørnson (plus tard prix Nobel de littérature) l’invita, alors qu'il était en vacances à Rome, pour être pasteur au service des colonies norvégiennes dans le Minnesota. Janson accepta et, alors qu’il était en service aux Etats-Unis, il entra en relation avec des unitariens et fut ordonné pasteur lors d'une cérémonie en 1881 à la Troisième Eglise unitarienne de Chicago. Puis il sert en tant que ministre du culte et écrit des livres d’hymnes à Minneapolis et à Saint-Paul dans le Minnesota et dans Underwood, comté de Brown et Hudson dans le Wisconsin. Mais, à l'automne 1891, la relation entre Janson et sa femme se dégrada et il décida de retourner en Norvège, où il arriva en 1893. Janson commença par une grande tournée de conférences, dont beaucoup furent consacrées aux idées unitariennes et à encourager « tous les gens ouverts d'esprit à fonder une Eglise». Quelques mois plus tard, cela donna naissance à une Eglise unitarienne dénommée « Eglise de la Fraternité ».

Née comme création de Janson, l'Eglise prit bientôt un chemin indépendant de son célèbre fondateur, ceci parce que son « patronage » s’avérait quelque peu handicapant à cause de son divorce (qui, à l’époque fit grand scandale à Oslo) et de ses accouintances avec le spiritisme. La nouvelle Eglise ne fut pas reconnue comme chrétienne par le Parlement norvégien, même si eut lieu en 1896 le premier mariage unitarien et en 1898 la première cérémonie de confirmation. En 1898, Janson dût abandonner la direction de l’Eglise. Celle-ci prit le simple nom d’Eglise unitarienne (dirigée par une Société). A cette époque, un recensement de la population nous informe que 88 unitariens sont dénombrés à Christiana. Lorsque Janson quitta l’Eglise, certains fidèles le suivirent, mais la plupart continuèrent dans l’optique d’un humanisme religieux unitarien. [ndlr - K. N. Janson mourut le 17 novembre 1917].

Naturellement, ils avaient besoin d'un nouveau pasteur et c'est la raison pour laquelle ils firent appel au pasteur Herman Haugerud, de retour des Etats-Unis. Né à Christiania en 1864 et tenté par une carrière scientifique, il eut sa vocation unitarienne à l'âge de 22 ans et décida d’aller aux Etats-Unis afin de compléter son éducation religieuse. En 1886, il s’inscrit à l’Ecole de théologie de Meadville [à Chicago] où il rencontra Janson et sous l'influence duquel il étudia jusqu'à son ordination le 3 décembre 1890. Aussitôt, il commença son ministère dans une congrégation locale à Puyallup (Washington), qu’il quitta en 1892 afin de compléter ses études à Harvard. Après l'obtention de son doctorat, Haugerud servit encore dans certaines congrégations américaines (y compris celle où Janson avait exercé à Minneapolis), jusqu'au moment où il fut invité à retourner à Oslo pour succéder à Janson à la tête de la Société unitarienne.

Un unitarien de l'époque, Hans Østerholt, rédacteur en chef du magazine satirique de tendance sociale-démocrate « La Guêpe », traça un portrait de Hugerung dans son autobiographie : « Malheureusement, Haugerud n'a pas la chaleur de Jason ni à captiver son auditoire comme le fait ce dernier ; il lui manque la force nécessaire pour rassembler les gens » (il n'est pas sans intérêt de savoir que ce Østerholt rejoignit l'Eglise de l'Etat en 1933, bien qu’il continuait de se considérer comme unitarien de croyance). Durant deux ans, 1904-1905, Haugerud et Janson exerçèrent leur ministère en situation de rivalité dans deux lieux distincts. Resté seul en 1905 à la tête de la Société unitarienne, il établit de bons rapports avec les unitariens américains, reçut des livres et articles de l’AUA et agrandit sa communauté d’une douzaine de personnes. En décembre 1905, il encouragea la formation d’une Organisation de jeunesse unitarienne, mais celle-ci ne dura pas plus de 6 mois. Dans la période 1906-1907, nous savons qu’il y avait environ 100 membres inscrits à la Société, un calendrier de services réguliers avec la participation de plus ou moins 200 personnes, et l’existence d'un magazine appelé « L’Unitarien » (mais qui ne dura que quelques mois).

Dans la meilleure période de la congrégation, autour de 1908-1909, le comité de l'Eglise décida de construire un bâtiment cultuel et envoya Haugerud en Angleterre afin d’y recueillir de l'argent pour la construction. Entre autres, au cours de ce voyage, Haugerud prit part à un service du dimanche soir, le 14 mars 1908, à L’Eglise unitarienne de Clarence Road. Mais les fonds qu’il récolta s’avérèrent insuffisants.
Sur l'histoire de l'Eglise unitarienne norvégienne : F. Hale , Origines unitariennes en Norvège durant les années 1890 et au début du vingtième siècle, Université Stellenboch 2004, et R. Rosso, La nascita dell'unitarianesimo norvegese, CICU, 2009.


C'est à ce moment que l'intervention de l'Église unitarienne hongroise fut décisive. Considérant qu'une Couronne avait, au moment de sa naissance en 1905, une valeur de 0,42032 grammes d'or pur (lien), cela équivaudrait aujourd'hui à quelques $ 16 750, soit une quantité incroyable d'argent si nous considérons qu'elle provenait d'une dénomination qui commençait à peine à se remettre de l'une des pires crises financières de son histoire.

Ce don permit à Haugerud de construire son église, mais malheureusement cela ne fut pas suffisant pour donner une nouvelle vie à une institution qui, en dépit du travail de son ministre pour la garder vivante et développer ses relations internationales (en particulier avec la British & Foreign Unitarian Association) eut un taux de croissance très faible. Haugerud fit des cultes jusqu'à sa mort en 1937, mais, après, la congrégation disparut progressivement. Le bâtiment de l'église a été repris par l'Église luthérienne en 1947. Le recensement d’Etat, en 1950, ne dénombrait plus que 17 unitariens.

Dimanche 27 avril 2014 7 27 /04 /Avr /2014 04:03
- Par Lawrence Sudbury - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

Introduction à des Journées organisées à Paris les 8-10 avril 2014 (lien) et comportant des visites de musées et lieux historiques, lue dans le bulletin du mois de mars 2014 de l'Unitarian Universalist Fellowship of Paris (UUFP) et traduite en français par Jean-Claude Barbier

 

Leurs vies furent toutes humaines et complexes ; ils connurent les doutes et les peines, mais aussi l’excitation, l’amitié et l’amour. Ils ont contesté les statu quo ; ils ont ré-imaginé la religion, l'éducation et la politique. Emerson, avec ses idées clés sur la confiance en soi, sur la recherche du divin en dehors des Eglises, dans la nature, et son éternelle question « où est ton [véritable] pouvoir ? ". Sa visite au Jardin des Plantes a été une révélation pour lui et provoqua une passion durable pour la science. Margaret Fuller, qui voulait faire de sa vie " une recherche extraordinaire et généreuse " , selon les mots de son idole, Goethe, et dont la rencontre avec Sand l’a confirmé dans le fait que les femmes pouvaient être des créatures à la fois pleinement sexuelles et intellectuelles. May Alcott, une femme seule à Paris entrain d’étudier les arts - une femme aventureuse, courageuse et talentueuse, amie avec Mary Cassatt et à l’époque où le mouvement impressionniste émergeait à Paris dans les années 1870. Elle contribua à faire que le Paris de 1870 - "un vaste atelier d'art ", disait-elle - s'animent pour nous et nous plonger dans le monde des Cassatt, Degas et Renoir. Nous allons marcher dans leurs traces, lire leurs journaux et leurs correspondances, et essayer de pénétrer dans leurs vies ; parcourir les mêmes rues de Paris …


Ralph Waldo Emerson (1803-1882), pour sa première visite à Paris en 1833, était jeune, le cœur brisé par la mort de sa première femme, pas encore sûr de sa vocation, confus et perdu, lorsqu’il mit le pied dans le Jardin des Plantes, le jardin botanique des anciens rois de France. C’était au mois de juillet de cette année. Qui aurait pu prédire que là, en regardant les armoires remplis d’oiseaux empaillés, d’insectes, d’animaux et de fleurs, il commencerait à avoir des idées sur la science et le monde naturel, lesquelles l’accompagneront toute sa vie ? Qui aurait pu prévoir qu’une révélation se passe dans ce petit jardin antique d’un coin de Paris, laquelle affecterait non seulement Emerson, le jeune homme troublé, mais le nouveau pays d'Amérique où il reviendra ?

Margaret Fuller (1810-1850) est une auteur publiée récemment, établie critique littéraire et premier correspondant étranger de sexe féminin quand elle est arrivée à Paris en décembre 1846. Agée de 36 ​​ans, elle avait eu envie de se rendre en Europe depuis son enfance. A Paris, ses jours seront bien remplis à visiter les galeries d'art, à suivre des débats à l'Assemblée nationale, à aller à des conférences à la Sorbonne (mais seulement pour constater qu’il ne lui était pas permis d’y assister !) et à travailler avec un tuteur sur son français. Ses rencontres avec George Sand (1804-1876) et avec le révolutionnaire polonais Adam Mickiewicz (1798-1855) aideront à façonner Margaret en la personne qu'elle est devenue lorsqu’elle quitte Paris pour Rome, afin de s'aventurer plus loin encore dans cette nouvelle aventure européenne.

 
Louisa_May_Alcott.jpg Louisa May Alcott (1832-1888) était une jeune femme qui, dans ses années 30, faisait des choses qui n’étaient pas conventionnels et pas très courantes à l'époque : elle était une femme, seule, et faisant des études d'art. Elle a appris si bien qu'elle a écrit un livre pour aider d'autres jeunes femmes ayant des aspirations similaires : Studying Art in Europe and How to do It Cheaply (Etudier l'Art en Europe et comment le faire à moindre coût). Elle a passé un an à Paris, de 1876 à 1877, vivant près de la place Pigalle et Montmartre, à prendre des leçons avec un nommé Krug [ndlr - sans doute Edouard Krug, 1829-1901, peintre français qui ouvrit une Académie de peinture à Paris en 1876] dans son atelier du boulevard de Clichy. Elle se lia d'amitié avec Mary Cassatt (1844-1926), une artiste américaine qui commençait tout juste à percer dans le monde des Indépendants comme on les appelait alors, groupe qui allait devenir les Impressionnistes.

Lundi 3 mars 2014 1 03 /03 /Mars /2014 16:56
- Par UUFP - Publié dans : (hist) EMERSON Ralph Waldo - Communauté : Unitariens

Article à la Une : Le droit à la pluri-appartenance spirituelle, manifeste du 30 septembre 2013 présenté par Jean-Claude Barbier, chrétien unitarien, publié sur le site Unitariens français (lien), suivi de Gutenberg et l’Internet, par le même auteur cette fois-ci en sa qualité de sociologue, mis en ligne sur le même site le 10 octobre 2013 (lien).
Information : Sur Facebook, le « Comité de soutien au prêtre Pascal Vesin » fondée en juin 2013, est devenu depuis le 16 octobre le groupe « Droit aux appartenances avec Pascal Vesin », lien.
Libres propos, avec Jean-Claude Barbier, Bernard Grosclaude, André Le Mellionnec, Mgr Bernard Housset, Gérard Mantion, mis en ligne sur le site de la Besace des unitariens le 4 décembre 2013 (lien).
Message d'envoi de Jean-Claude Barbier, le 4 décembre 2013 :

Ami(e)s de la Correspondance unitarienne - Je vous envoie ce bulletin en avance car je serai absent durant la seconde quinzaine du mois de décembre.

Avec ce dossier sur le droit aux appartenances religieuses et spirituelles, il commence une série de réflexions thématiques. Il s’inspire en grande partie de la mobilisation que nous avons orchestrée sur Facebook à propos de l’affaire Pascal Vesin, prêtre catholique excommunié fin mai 2013 pour adhésion à une loge maçonnique. Nous avons animé alors un groupe de soutien qui aujourd’hui s’intitule « Droit aux appartenances avec Pascal Vesin » (avec à ce jour 219 membres). Avec notre rubrique sur le même thème « Droit aux appartenances », sur le site des Unitariens français lien, nous sommes à la pointe d’un combat moderne alors que bien d’autres s’accrochent encore à des confessions de foi communautaires exclusivistes (du genre « seul Jésus est l’intermédiaire obligé et incontournable pour accéder à Dieu ») et critiquent le « relativisme » ou les « itinérances » de notre époque voulant garder leurs fidèles en leur giron et craignant de les perdre.


Dans les bulletins à venir, nos aborderons aussi d’autres sujets tabous sur lesquels peu de mouvances religieuses osent s’aventurer, alors que nous pensons au contraire que nous devons ouvrir les portes, aller de l’avant sans crainte, assurés que nous sommes que notre grande tradition chrétienne est assurément féconde et nous aide à être résolument novateurs pour une réflexion à la fois humaniste et théologique : une écologie spiritualisée centrée d’abord sur notre planète, le droit des enfants à ne plus subir des marquages corporels (qu’on appelle l’intactivité) tels que la circoncision (les laissant ainsi libres de leur choix religieux), la parole donnée aux familles dans les crématoriums (et non plus confisquée par des clercs dans les églises ou les temples comme c’est parfois/souvent le cas), l’euthanasie qui est l’une des promesses électorales du président français, la charité qui, bien qu’étroitement liée au message évangélique, est vilipendée par ceux qui la mettent en concurrence avec les droits publiques (ce qui ne ressort pas du tout du même niveau), etc.
Participez à cette entreprise ; faites nous parvenir des textes ou de simples avis sur toutes ces questions. Ils seront ventilés dans les bulletins en préparation. Très fraternellement,

Mercredi 4 décembre 2013 3 04 /12 /Déc /2013 10:14
- Par la Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Jean-Claude Barbier sur Facebook, message au groupe Unitariens francophones le 24 juillet 2013 : A partir de l’exemple de Jacques Cecius (1940-2013) qui fut à la fois protestant libéral et unitarien, franc-maçon et libertaire, anarchiste et policier municipal dans sa ville natal (lien), j’ai ajouté « comme quoi, le prêtre Pascal Vesin n'est pas seul ! », un ami de Facebook, lui, a pensé à son grand père en lisant cet article ! Bernard Grosclaude : " La biographie de cette personnalité, aujourd'hui disparue, me rappelle que mon grand-père paternel était protestant pour l'éthique, libre-penseur pour la raison, franc-maçon pour la fraternité.". André Le Mellionnec, - « Ce que je n'aime pas dans "appartenance" c'est l'idée sous tendue du renoncement "au reste". pour avoir pas mal papillonné, même si j'ai posé mes valises a l'Oratoire il y a déjà quelques années, je ne m'interdit pas d'adhérer a d'autres courants de pensées. ». Jean-Claude Barbier – « c'est précisément pour cette raison que j'ai lancé sur Facebook le "comité de soutien au prêtre Pascal Vesin" : le droit aux appartenances multiples et complémentaires à la guise de la personne concernée ; le principal étant qu'il trouve son bonheur spirituel et humain ».

Mgr Bernard Housset, évêque de La Rochelle et de Saintes, en réponse le 17 septembre à notre lettre circulaire dans le cadre de l’affaire Pascal Vesin (juin 2013) rappelle - c'est son rôle - que l'acceptation de Christ est incontournable pour que l'homme parvienne à sa plénitude ; mais il ajoute « Mais je crois que cet Esprit du Christ agit en tout être humain, quelque soit sa religion ou sa non-religion. Il agit dans le monde entier à travers tout ce qui est beau, vrai, juste, etc. ». Puis, de même que l'Eglise catholique ne méprise plus les Juifs, « de même, j'espère que le respect pourra progresser dans les années qui viennent entre francs-maçons et catholiques » et il termine sa lettre : « Soyez sûr en tout cas que je ne porte jamais d'appréciations négatives et encore moins méprisantes sur les loges » ... et il m'assure enfin de sa « cordiale sympathie ». Voilà donc du positif qui confirme bien que la Hiérarchie n'est pas aussi unanimiste qu'on le pense - de même, au Vatican, Pascal Vesin a pu bénéficier de plusieurs soutiens ecclésiastiques – et que nombre d’évêques savent envisager des évolutions souhaitables et possibles à plus ou moins long terme.

Gérard Mantion, après avoir fréquenté une mouvance néo-païenne a fait retour au protestantisme luthéro-réformé de sa jeunesse. Mais, dit-il, « je suis loin d' être fanatiquement attaché au dogme trinitaire. Si pour moi la Trinité fait sens,  elle a plus une importance liturgique que confessionnelle : mon point de vue sur ce point se rapprocherait plutôt du côté d'André Gounelle (lien). Je tiens également à souligner que je n'ai pas coutume d'adresser de prières directes à Jésus, ce que même certains catholiques pourraient admettre, et que, en accord avec la théologie du "Process", je refuse toute "jésuslâtrie", laquelle me semble verser dans une forme d' idolâtrie.
Je serais donc heureux de recevoir le bulletin de la Correspondance unitarienne et même participer au culte mensuel, même s'il demeure pour moi assez éloigné de ce à quoi la liturgie de l'ancienne Église réformée de France m'avait habitué. Je suis un protestant libéral, ayant beaucoup de sympathie pour l'Eglise unitarienne de Transylvanie (j'aimerais d'ailleurs en connaître l' ordre du culte et la liturgie en général) et l' Eglise unitarienne de Boston (dont je possède le "Book of Common Prayer"), et que je reste, pour le moment, un membre détaché de l'ancienne ERF, ne sachant pas encore si je pourrai rejoindre statutairement la toute jeune EPUdF, laquelle me semble, comme la Fédération protestante de France, actuellement dominée (ndlr – excessif, tout au plus influencée) par les "évangéliques", dont je me sens, en toute franchise, très éloigné, théologiquement parlant. ».

Mercredi 4 décembre 2013 3 04 /12 /Déc /2013 09:58
- Par la Correspondance unitarienne - Publié dans : CU 2014, articles - Communauté : Religions en toute liberté

Article à la Une : Les principes de foi de l’Eglise unitarienne de Transylvanie, par Árpád Gazdag (janvier 2000), texte publié en anglais sur le site de l’Eglise unitarienne de Hongrie (lien) et traduit en français par Jean-Claude Barbier ; mis en ligne sur le site de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU, lien) le 9 mai 2012 à la rubrique « Eglise unitarienne de Transylvanie ».
Document : credo et profession de foi (lien), fêtes et cérémonies (lien) de L’Eglise unitarienne de Transylvanie, mis en ligne sur le site de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU, lien) le 9 mai 2012 à la rubrique « Eglise unitarienne de Transylvanie » (lien).
Information : deux publications récentes de la collection « Cahiers Michel Servet » (lien), avec les n° 17, juillet 2013 – « Filum Arianum, le fil d’Arius ; l’arianisme à travers les siècles vu par un protestant libéral » par Maurice Causse, théologien et historien ; et 18, août 2013 – « Baruch de Spinoza (1632 – 1677) » avec des articles de Michel Jas, Jean-Claude Barbier, Albert Blanchard-Gaillard et Gérard Mantion.
Message d’envoi le 24 novembre 2013 par Jean-Claude Barbier :
Ce mois de Noël, en célébrant la naissance de Jésus, les chrétiens se remémorent leur origine ; ils ont été en effet appelés chrétiens à Antioche par les Romains sur le nom de celui que les nouveaux adeptes désignaient comme étant le Christ, à savoir l’Oint que l’espérance messianique attendait : « C’est à Antioche que, pour la première fois ; les disciples reçurent le nom de ‘chrétiens’ » (Actes, 11, 25). De même, que nous soyons chrétiens unitariens ou unitariens-universalistes, remémorons nous aussi nos racines, à savoir la Réforme protestante anti-trinitaire du XVIème siècle.
C’est pour cela que nous consacrons ce mois-ci notre bulletin à notre Eglise historique, l’Eglise unitarienne de Transylvanie, fondée en 1568, la date de l’édit de tolérance de Torda, le premier de ce genre en Europe et bien en avance sur son époque. Soyons très fiers de nos origines : Dieu et la Vie qu’il nous a donnée, car nous sommes des croyants ; Jésus, notre maître spirituel dont nous voulons être les disciples ; et notre Eglise historique à qui va toute notre reconnaissance et pleine solidarité.

Dimanche 24 novembre 2013 7 24 /11 /Nov /2013 11:30
- Par la Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Article à la Une : Lorsque les mariages religieux étaient sous condition, par Jean-Claude Barbier, mis en ligne dans la rubrique « l’accompagnement spirituel des couples » sur le site de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) le 10 novembre 2013 (lien).
Bibliographie : Marie-Claire Weber-Lefeuvre, « Interroger sa foi. Du calvinisme au judéo-christianisme libéral » mis en ligne dans les Actualités unitariennes le  27 septembre 2013 (lien).
Informations : audience des sites unitariens gérés par la Correspondance unitarienne, par Jean-Claude Barbier, mis en ligne sur le site "Unitariens français" le 6 novembre 2013 (lien).
Libres-propos : Farida Adjoudj, Jean-Pierre Voulgre, Jean-Paul Yves Le Goff, Eric Lemaître
Documents : Council of Christian Churches within the Unitarian Universalist Association (CCCUUA) (lien).

Message d'envoi de Jean-Claude Barbier, le 10 novembre 2013 :

Suite à la décision de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU) prise lors de sa dernière assemblée générale, en juillet dernier, concernant une cérémonie religieuse nuptiale sous la forme d’une action de grâce et donc ouverte à toutes et à tous, nous continuons notre réflexion en constatant que, désormais, les Eglises conditionnelles ne sont plus incontournables, les couples pouvant s’adresser dorénavant à des Eglises plus libérales, plus ouvertes, disons moins pharisiennes ! C’est bien entendu un appel à tous ceux qui se retrouvent souvent bien seuls dans leur demande d’un accompagnement spirituel de leur couple et qui souhaitent une cérémonie religieuse. Qu’ils sachent qu’ils peuvent recevoir auprès de nous accueil et empathie quelque soit la situation particulière qu’ils peuvent vivre. Que chacun trouve place au sein de la Création de Dieu et qu’il n’y ait plus de discriminés.

Lundi 11 novembre 2013 1 11 /11 /Nov /2013 10:45
- Par Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Les anabaptistes sont des protestants radicaux du XVIème siècle qui considèrent que les réformes de Luther et de Zwingli sont trop lentes et timorées par rapport aux exigences évangéliques contenues dans les textes : ceux-ci affirment en effet la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat (rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu), le baptême demandé dans un acte de foi (et non le pédo-baptême imposé aux enfants), le pacifisme (ne pas porter d’épée, ne pas entrer dans les institutions militaire ou judiciaires – car les juges sont amenés à prononcer des condamnations à mort !).

 

Le théologien Conrad Grebel (1498–1526) a rejoint Ulrich Zwingli en 1521, à Zurich, et il y anime un cercle d’étude de la parole comprenant une quinzaine de personnes, mais le 10 janvier 1523, la rupture est consommée entre les deux hommes lorsque le réformateur confie l'autorité religieuse au Conseil de la ville de Zurich ; et, le 17 janvier, lorsque le Conseil décide d'exiler les parents qui attendaient plus de huit jours pour faire baptiser leurs enfants, visant précisément ce premier cercle d’anabaptistes. Le 21 janvier 1525, le Conseil des 200 sénateurs de la ville de Zurich somme Conrad Grebel et Félix Mantz de cesser leurs réunions. Le même soir, le cercle de Grebel se réunit à Zurich au domicile de la mère de F. Mantz. Georges Blaurock, premier prêtre marié dans le cadre de la Réforme luthérienne, demande alors à Grebel de le re-baptiser …
 

La Confession de Schleitheim (au nord de Zurich, en frontière avec l’Allemagne), rédigée en 1527, est le texte fondateur de ce groupe d'anabaptistes que l'on appelle les Frères Suisses. La Global anabaptist-mennonite encyclopedia online (GAMEO) estime que l'auteur en fut Michael Sattler. Elle comporte sept points, qui sont :
1 interdiction du baptême infantile
2 "meidung" : mise à l'écart du frère ou de la sœur -chrétien(ne)- "tombé(e) dans l'erreur". Ceux qui tombent dans le péché devraient être avertis deux fois dans le secret, mais au troisième délit ils devraient être excommunié(e)
3 "unité de cœur" lors de la Sainte Cène (comprendre que des exclusions ont précédé la communion)
4 séparation d'avec le Mal: comprendre une séparation complète d'avec toutes les institutions politiques et toutes les églises "de la multitude"(catholique et protestante)  ; interdiction de faire la guerre
5 nomination de pasteurs qui peuvent prononcer des admonestations et des exclusions
6 interdiction d'"user de l'épée", c'est-à-dire de participer à l'institution judiciaire à quelque titre que ce soit (juge, témoin, plaignant)
7 interdiction du serment

 

La répression s’abat sur les anabaptistes. Conrad Grebel est emprisonné fin 1525, parvient à s’enfuir en mars 1526 mais meurt de la peste en juillet ou août de la même année. Felix Manz est exécuté par noyade le 5 janvier 1527. En mars 1526, le conseil de Zurich signe un édit rendant le baptême d'adulte punissable de mort par noyade : de nombreux anabaptistes périront ainsi dans les eaux glacées du Lima.

 
anabaptists_1525-1550.png
Le mouvement connaît un bel essor aux Pays-bas, d’abord avec les Melchiorites en Frise, adeptes de l’Allemand Melchior Hoffman (1498-1543), lequel, venant de Strasbourg, re-baptisa quelques 300 adultes vers 1530-1531 ; puis avec le Frison Menno Simons (1496-1561) (dessin ci-joint) qui donna son nom aux mennonites. Il écrit La Résurrection Spirituelle en 1534, puis un pamphlet intitulé Le Blasphème de Jan van Leyden (Jean de Leyde, un prédicateur anabaptiste hollandais qui avait été baptisé en 1533), contre les anabaptistes fanatiques de Münster qui s’emparèrent de cette ville allemande (de mars 1534 à juin 1535) pour y établir une théocratie musclée visant à établir une « Jérusalem céleste » sur terre en commençant par exiler tous ceux qui ne voulaient pas obtempérer (en avril 1535, plusieurs centaines d’anabaptistes, inspirés par des messagers venus de la cité anabaptiste de Münster, avaient pris le monastère d’Oldeklooster, en Frise). Prêtre catholique, il quitte ses fonctions ecclésiastiques en janvier 1536 et se fait re-baptisé ; un an plus tard, il est ordonné ancien par le dirigeant melchiorite Obbe Philips. Il préconise une voie résolument pacifiste. En 1544, la régente de Frise expulse les Anabaptistes, mais tolère les Mennonites.

En 1693, Jakob Amman, un des principaux leaders de l'anabaptisme, en divergence théologique avec la branche suisse des Mennonites, fonde le mouvement Amish, dont une partie se retrouvera aux Etats-Unis où ils sont connus pour leurs communautés traditionnelles opposées à tout progrès techniques.

Le mouvement baptiste n’est pas en continuité historique avec ces communautés anabaptistes, mais il en reprend le baptême adulte en tant que témoignage volontaire et acte de croyant. John Smyth (1570-1612) était un pasteur anglican, ordonné en 1594 en Angleterre, mais peu de temps après il entra en dissidence. Il pensait que le vrai culte devait venir du cœur, que prier, chanter et prêcher devait être uniquement spontané et qu’il n’y avait pas besoin de lire la Bible durant le culte car la Parole de Dieu (inspirant directement le prêcheur) était plus importante. A ce rejet de la liturgie habituelle, il ajoutait une double direction à l’Eglise, avec le pasteur et le diacre. Il part en Hollande, à Amsterdam vers 1608-09 avec un groupe avec lequel il fonde la première église baptiste. Il se rebaptisa lui-même, avant de rebaptiser ses ouailles. Puis il se rapprocha des Mennonites et invita ses fidèles à le faire, ce que la plupart firent après sa mort. Toutefois son coreligionnaire et compagnon Thomas Helwys (1550- 1616) maintint l’identité baptiste qui est celle aujourd’hui de la dénomination General Baptist (baptistes ‘généraux’) et il ramène le groupe des restants en Angleterre en 1611-12, il y publia Une courte déclaration sur le Mystère de l'iniquité qui fait l’apologie de la liberté religieuse pour la première fois en Angleterre et pays de Galles.


Une première branche dissidente Particular Baptist (aujourd’hui les ‘Baptistes réformés’) se formera en 1638 à partir des dissidents d’une paroisse londonienne se référant aussi la prédestination calviniste. Elle se développera avec les confessions de foi de Londres de 1644 et 1689.


En 1639, Roger Williams (1603-1683), protestant non conformiste, permet l’installation de la première Eglise baptiste d’Amérique dans sa colonie du Rhode Island, en Nouvelle Angleterre. En 1689, l’Acte de Tolérance garantit aux baptistes la liberté religieuse, et, en 1707, ceux-ci s’installent à Philadephie. A partir du congrégationalisme américain (de tradition calviniste) et suite aux mouvements de réveil, des congrégations passent au baptisme (la même dynamique jouera en faveur de l’unitarisme à partir des années 1819). Ce sont les Baptistes ‘séparés’ (par rapport aux autres dits alors ‘réguliers’ de tradition ancienne). Des baptistes américains se réfèrent quant à eux aux ‘baptistes généraux’ et se nomment ‘les baptistes du Libre-arbitre’. L’influence calviniste se maintiendra toutefois avec les ’baptistes primitifs’ (en 1835), partisans de la prédestination et donc hostiles à tout effort missionnaire. Plus tard, en 1850, apparaîtra le mouvement ‘landmarkiste’ (de l’anglais landmark = borne), qui privilégie les communautés locales et qui condamne la collaboration avec les autres groupements chrétiens, l’Eglise baptiste étant à leus yeux la seule à pouvoir se réclamer d’une succession ininterrompue depuis le Christ !).


A partir de 1758, depuis la Caroline du Sud, c’est l’expansion fulgurante d’un baptisme revivaliste dans les Etats du Sud (avec en 1773, une première Eglise noire). La guerre de Sécession divisera les baptistes entre Nordistes et Sudistes : une Convention baptiste du Sud (Southern Baptist Convention) est fondée en 1845, approuvant la ségrégation, de sensibilité très fondamentaliste et très conservatrice. Les baptistes du Nord se trouvent en conséquence dans une Convention baptiste du Nord (la Northern Baptist Convention), devenue en 1972 l'American Baptist Church. A noter que Martin Luther King (1929-1968) appartenait à la Progressive National Baptist Convention qui, en 1970, rejoignit la Convention baptiste du Nord.


Les Noirs baptistes s’organisent avec en 1895 une fédération d’Eglises baptistes noirs (aujourd’hui la National Baptist Convention et la National Baptist Convention of America).


L’expansion mondiale baptiste est spectaculaire. William Carey (1761-1834) fonde en 1792, l’une des premières sociétés missionnaires, la Société missionnaire baptiste anglaise, et il implante des Églises en Inde. Les baptistes sont au Canada depuis 1830, en France dans la région de Douai au début du XIXème siècle, en Russie avec forte expansion en 1917-1927, etc.  Depuis 1905, existe une Alliance baptiste mondiale.


En France, les baptistes sont principalement regroupés au sein de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France (FEEBF) laquelle est membre de la Fédération protestante de France (FPF) ou au sein de l’Association évangélique d'Églises baptistes de langue française (AEEBLF) (France, Suisse et Belgique). Il existe également quelques Églises réformées baptistes, une Communion évangélique de baptistes indépendants (CEBI) et, depuis 2007, les Baptistes du Septième Jour.

Vendredi 4 octobre 2013 5 04 /10 /Oct /2013 16:25
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté

article à la Une : De Michel Servet à Pascal Vesin, par Jean-Claude Barbier, mis en ligne dans la rubrique "la franc-maçonnerie / affaire Pascal Vesin" des Actualités unitariennes le 3 octobre 2013 (lien).

document : Lettre circulaire aux évêques de France et Outre-Mer (expédiée par voie postale les 3 et 4 juin 2013), lien, avec en copie la lettre précedemment envoyée à Mgr Boivineau, évêque d'Annecy (envoyée par voie postale le 30 mai), lien.

message d'envoi par Jean-Claude Barbier, le 3 octobre 2013 :

Ami(e)s de la Correspondance unitarienne
Avec le retour de la période estivale, nos sites tournent à plein régime ; pour les 6 blogs que nous gérons, nous avons eu au total, pour le mois de septembre, 284 visiteurs par jour, lesquels ont lu en moyenne journalière 512 articles. Nous vous rappelons que ces sites sont très bien répertoriés par les moteurs de recherche, par exemple Google : nos blogs de la Correspondance unitarienne (Actualités unitariennes, La Besace des unitariens, Etudes unitariennes) ou bien gérés par la Correspondance unitarienne pour le compte d’instances (Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens AFCU, Unitariens français – le site du Conseil des unitariens et universalistes français CUUF, Eglise unitarienne francophone EUfr). N’hésitez pas à vous inscrire à leurs Newletters (en colonne latérale « M’avertir des nouveautés ») afin de recevoir les articles directement dans votre messagerie, et parlez-en autour de vous !
La Correspondance unitarienne s’est engagée au nom du droit à la pluri-appartenance spirituel dans l’Affaire Pascal Vesin, prêtre catholique excommunié fin mai 2013 pour appartenance à une loge maçonnique. Nous vous proposons un manifeste à signer pour proclamer ce droit (lien).

Jeudi 3 octobre 2013 4 03 /10 /Oct /2013 11:50
- Par La Besace des unitariens - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Parmi les protestants libéraux, le positionnement d’André Gounelle vis-à-vis de la Trinité est très largement apprécié. Par exemple, Jean-Pierre Voulgre sur Facebook, en écho à notre article sur ce positionnement (lien) « Je ne suis pas loin de la position de Gounelle. Je suis séduit par sa formule ‘le Dieu de Jésus’ ». Michel Jas, pasteur de l’EPU à Narbonne et ex président de l’association Evangile et Liberté, confirme lui aussi tout à fait cette façon de penser par des propos au sein du groupe « Protestantisme libéral » de Facebook (plusieurs messages spontanés du 23 septembre 2013).

 

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La Trinité représentée par Luca Rossetti da Orta (1738-1739), fresque de l'église St. Gaudenzio à Ivrea (Turin)

 

« Personnellement je suis dans la position théologique des anciens chrétiens désignés comme ‘ariens’, j'use de la formule ‘Père, Fils et Saint-Esprit’ comme des modes d'action et de révélation dans l'histoire, sans croire à l’éternité de la Trinité, spéculation ontologique insistant sur le ‘trois’ (mystérieusement rassemblé en ‘un’). Comme les ariens, les adoptianistes et les cathares, et avant eux les judéo-chrétiens et après eux les calviniens et les unitariens, je ne prie ni la Trinité, ni le Fils ... seulement Dieu-qui-est-Esprit, notre Père à tous ! ».


« Plus que par les formules liturgiques trinitaires des catholiques ou des orthodoxes (formules patinées par le temps), je suis gêné par les prières évangéliques adressées à ‘Jésus, ô Jésus, mon Jésus’ ... ou aux prières (comme celle du pasteur de l'Eglise presbytérienne francophone de Beyrouth, relayée par la Fédération protestante de France) qui commencent par s'adresser au Père et dire "toi qui a laissé venir à toi les enfants" (sans préciser "en Jésus") ou dire "toi qui est mort pour nous"; ce qui est à la fois trinitaire et comportent une erreur dans les personnes de la Trinité… ».


« Je préfère quand les luthériens, ou les barthiens ou les réformés "haute Eglise" prient "ô Christ" (parce que là on s'approche du concept divin) - mais je préféreraient qu'ils prient directement le Père (au nom du Fils et du Saint-Esprit) - que quand les evangelicals prient "ô Jésus", ou encore quand certains barthiens influencés par la théologie de la libération des années 70 ou 80 priaient : "Jésus" (sans que ce soit toutefois une prière, plutôt une référence littéraire à l'homme Jésus ; le "camarade" Jésus).


« Cela dit, merci à l'unitarisme de nous rappeler la valeur du monothéisme : parce que prier Dieu c'est se tourner vers une altérité-proximité qui échappe à nos dogmatiques (très trinitaires, peu ou pas du tout trinitaires) . Et c'est en cela que l'unitarisme peut nous aider au dialogue inter-religieux ou encore aux prières communes au sein ou à côté du même dialogue ! Shalom/Salam ».

 

ndlr - pour les unitariens, Dieu est simplement Dieu tout court, universel et pour tous, non appropriable ; il n'est ni le Dieu d'Abraham, de Jacob, d'Isaac et de Jésus, et n'a pas de prophète titularisé, incontournable, fut-il Jésus ou Muhammad. Il est présent et parle à chacun dans son intimité, à sa façon ... Bien entendu Jésus et les autres prophètes nous aident par leur façon dont ils ont vécu leur relation à Dieu, comme exemples, mais n'engagent qu'eux-mêmes dans la représentation qu'ils ont eu de Dieu et de son action.

Mardi 24 septembre 2013 2 24 /09 /Sep /2013 18:33
- Par Michel Jas - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

par  Lawrence M. F. Sudbury

Si l’islam contemporain est très marqué par le développement du radicalisme wahhabite, il n’en a pas toujours été ainsi et les pratiques furent très souvent beaucoup plus tolérantes qu’en Occident. Il en était ainsi, en ce qui concerne l’empire ottoman, à l’époque où l’édit de Torda fut proclamé en Transylvanie en 1568.


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En juillet 1540, le sultan Soliman le Magnifique apprend la naissance de Jean Sigismond, fils du roi de la Hongrie et voïvode de la Transylvanie Jean Zapolya et de sa femme Isabelle Jaggelon. Il envoie alors un représentant personnel qui veillera 24 heures sur 24 dans un angle de la pièce où se trouve la reine pour veiller sur elle et sur son enfant. C'est une décision avisée car le roi meurt deux semaines après. Sur son lit de mort, il donne instructions pour que son fils hérite de ses titres, en violation flagrante d'un accord précédent passé avec Ferdinand, frère de l'empereur Charles Quint, qui est lui aussi roi de Hongrie, contrôlant la seule partie habsbourgeoise (et à qui Jean Zapolya avait promis la réunification du royaume  à son bénéfice après sa mort). Ferdinand, constatant que la noblesse transylvaine suit le revirement de son souverain, passe à l’offensive et va jusqu'à assièger Buda (ndlr - ex partie de Budapest, rive droite). La ville résiste jusqu’en 1541, mais les troupes d’Isabelle sont sur le point de céder lorsque Soliman envoie une armée qui repousse les assiégeants et reprend le contrôle de toute la Basse-Hongrie. Les Turcs confirment le statut autonome de la Transylvanie sous leur protectorat. Etat tampon entre le catholicisme autrichien et l’islam ottoman, elle deviendra l’un des endroits les plus sûrs pour le développement du protestantisme en Europe.

Les ans passent et nous arrivons en 1568. Jean Sigismond est maintenant adulte et, sous l'influence de son chapelain de cour Ferenc David, il se montre favorable au protestants anti-trinitaires (ndlr - tout en restant officiellement de confession catholique) ; mécontents, les calvinistes suscitent de nombreux débats théologiques. Il convoque un concile à Torda et, à la fin des travaux, amplement dominés par David et l’italien Georges Biandrata, médecin à sa cour, il émet l'édit qui porte le nom de la ville. Celui-ci autorise un pluralisme religieux avec les cultes catholique et protestants (luthériens, calvinistes, anti-trinitaires), chaque congrégation ayant le droit de choisir son prédicateur et l’injonction de ne pas s’en prendre à ses biens et à sa personne en cas de désaccord. En pleine période d’une Contre-Réforme agressive, l’événement est notable et l’Eglise unitarienne de Transylvanie en fera la date de sa fondation.

En quoi l’islam ottoman fut il propice à cette tolérance religieuse ? Malheureusement, nous manquons de documents pour jauger de son influence, mais les frontières étaient assurément plus perméables que ne le croient encore de nombreux historiens ; à commencer par le cas de l'Andalus en Espagne entre les VIII et XV siècle. Erasmienne de longue date et humaniste, la reine Isabelle avait déjà, pendant sa régence (son fils étant mineur), promulgué une premier déclaration de tolérance, quoique plus limitée. C’est donc toute une cour qui était acquise à ces nouvelles idées.

Contrairement aux spécialistes ungaro-transylvaniens ou turcs d'aujourd'hui (par crispation nationaliste ?), des historiens anglo-saxon sont plutôt enclins à voir une influence ottomane dans ces événements. George Huntston Williams, par exemple, dans son "The Radical Reform", reconnaît l'impact possible de la diplomatie ottomane quoiqu’il suggère que celle-ci était simplement un simple instrument de politique visant à maintenir l’emprise de l’empire. En fait, la Sublime Porte faisait preuve de souplesse vis-à-vis des coutumes locales pas seulement pour des raisons de stratégie militaire. L'historienne du Moyen Orient Victoria Holbrook nous rappelle que : « Les Ottomans s’avéraient rarement capables d'inclure et de synthétiser les éléments culturels des territoires qu’ils conquéraient, mais ils étaient connus pour la mise en place de structures qui se conciliaient parfaitement avec celles avec lesquelles les gens avaient vécu avant leur arrivée et pour l'ouverture avec laquelle ils permettaient que chaque région choisisse son propre système de vie et croyances religieuses. ». Cela était aussi lié à l’étendue de l’empire. Pour les minorités religieuses, il existait un statut de protection, celui du « dhimmi » en échange d’une taxe (à vraie dire plutôt lourde !). Il n’est donc pas hasardeux de penser que la tolérance fût un trait distinctif de la politique ottomane et qu'elle résultait d’une certaine interprétation de l'islam. Il est connu, par exemple, que les Juifs trouvèrent dans l'empire ottoman un endroit extrêmement hospitalier, au point qu’une diaspora considérable se dirigea vers le Moyen-Orient pendant que l'antisémitisme grandissait dans toute Europe.

Pour dénigrer le développement de l’antitrinitarisme, l’historien calviniste Sándor Unghváry, soutient que « Ferenc David citait le Coran avec plus de plaisir et fréquence que la Bible » et le catholique Croze voit un rapport de filiation directe entre le monothéisme islamique et celui des unitariens ! C'est une histoire vieille (déjà plusieurs fois réfutées) qui trouve son origine dans cette conviction, typique du XVII et XVIII siècle, que la Réforme anti-trinitaire est une première étape vers une conversion à l'islam ; propre à Martin Luther, elle s'était développée avec l’islamophobie consécutive du siège de Vienne. Si Adam Neuser, théologien unitarien se convertit à l’islam, ce fut exceptionnel et parce qu'il était poursuivi pour hérésie. Il y eut cependant, plus qu’on ne le croit, des mariages mixtes dans la Hongrie du XVIème au XVIIème siècle, si bien qu’à la fin du XVIème siècle on établit que les fils devaient suivre la tradition du père et les filles, celle de la mère ! Berkes Niyazi, dans son étude excellente sur le laïcisme turc, signale le cas d’unitariens transylvains qui, persécutés par les Habsbourgeois, trouvèrent refuge – et parfois prospérité en terres ottomanes et accès à d’importantes charges publiques.

Le 24 août 1548, les autorités catholiques locales de Tolna demandèrent au représentant du pacha de Buda de sévir contre le protestant hongrois Imre Szigeti. La réponse fut alors négative et le représentant rappella que le pacha avait émis un "édit de tolérance" : "aux prédicateurs de la foi inventée par Luther il doit être permis de prêcher l'Évangile partout et à tous ceux qui veulent les écouter, librement et sans peur, et que tous les Hongrois et Slaves doivent être aptes à écouter et accueillir le mot de Dieu sans que quelqu’un ne soit en danger, parce que celui-ci (ce mot) est le commandement de la vraie foi chrétienne.". A noter que cet édit de 1548 affirme la liberté de conscience et fait le lien entre la vraie foi et l’écoute libre. En 1568, l’édit de Torda se situe donc à la suite d'édits précédents de tolérance.

Ferenc David pouvait-il connaître ce texte de 1548 ? Comme David (et à la même période), Imre Szigeti avait été étudiant hongrois à Wittenberg et, dans une lettre à Mathias Flacio – lequel était connu aussi de David – , Szigeti évoque cet édit du Pacha. Cet édit était bien connu et en vigueur. En 1574, en Basse-Hongrie, deux prêcheurs défenseurs de la cause anti-trinitaire furent persécutés pour hérésie de la part des autorités locales et l'un d'eux, George Alvinczi, fut mis à la mort sur ordre d'un surintendant calviniste ; des unitariens influents s'adressèrent au Pacha de Buda pour demander justice ; celui-ci déclara l'exécution inhumaine et il ordonna que le surintendant et deux des siens furent mis à mort, mais la sentence ne fut toutefois pas exécutée suite à l’intervention pacifiste d’un prêcheur unitarien de Pécs (ndlr - bourgade en face de Buda, sur la rive gauche du Danube, qui incluse depuis à Buda donna le nom de Budapest)

La politique et le système juridique ottoman ont indéniablement joué en faveur de la Réforme. Entre 1550 et 1570, les protestants en terre hongroise, directement ou indirectement gouvernés par les Ottomans, purent tenir leurs débats doctrinaux et faire face à la Contre-réforme.

Références bibliographiques :

1950 - R. Gibb, H. Bowen, Islamic Society and the West, Oxford University Press.
1952 - E. M. Wilbur, A History of Unitarianism in Transylvania, England, and America, Harvard University Press.
1964 - N. Berkes, The Development of Secularism in Turkey, McGill University Press.
1982 - Braude, B. Lewis, Christian and Jews in the Ottoman Empire : The Functioning of a Plural Society, Hokmes and Meirer.
1983 - J. F. Cadzow, A. Ludanyi, L.J. Elteto, Transylvania -The Roots of Ethnic Conflict, Kent State University Press.
1989 - S. Unghváry, The Hungarian Protestant Reformation in the Sixteenth Century under the Ottoman Impact, The Edwin Mellen Press.
1989 - P. F. Sugar, Southeastern Europe Under Ottoman Rule, 1354-1804, University of Washington Press.
1991 - Ali, P., & Bayerle, G., The Hungarian letters of Ali Pasha of Buda, 1604-1616. Budapest : Akadémiai Kiadó.
1992 - G. Huntson Williams, The Radical Reformation, Sixteenth Century, Journal Publishers.
1996 - K. Péter, Tolerance and Intolerance in Sixteenth Century Hungary, Cambridge University Press.
2000 - G. Murdock, Calvinism on the Frontier : 1600-1660, Oxford University Press.
2003 - V. Holbrook, Islam : Empire of Faith, BBS.

Mardi 24 septembre 2013 2 24 /09 /Sep /2013 08:15
- Par Lawrence M. F. Sudbury - Publié dans : (hist) DAVID Ferenc - Communauté : Religions en toute liberté

André Gounelle est professeur de théologie émérite à la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier et membre de l’Association Evangile et Liberté.

André Gounelle s’est intéressé dans les années 1990 à l’Eglise unitarienne de Transylvanie et à son fondateur, l’évêque Ferencz David, mais il ne s’est jamais dit unitarien et n’a pas été séduit par le style de ce dernier, meilleur orateur qu’écrivain, ni par la finesse de sa théologie (indépendamment du contenu). Son admiration va à Sébastien Castellion et non à Michel Servet.

Fidèle à la tradition protestante, il s’en tient aux textes du Nouveau Testament lesquels affirment les trois figures que sont le Père (le Dieu créateur, le Notre Père), le Fils (Jésus qui se disait « fils de l’homme » et plus rarement « fils de Dieu ») et l’Esprit. Figures ternaires bien loin (encore) du dogme trinitaire qui, lui, affirment que ces trois figures (tout en restant distinctes !) sont une seule et même personne, Dieu ; théologie que les grands conciles œcuméniques élaboreront à partir de celui de Nicée en 325 non sans rencontrer beaucoup de résistances … et de dissidences ! « En résumant et en simplifiant à l’extrême, ils déclarent que Dieu est une essence ou une substance unique en trois personnes ou instances distinctes. On ne peut ni séparer ni confondre le Père, le Fils et l’Esprit ; ils sont à la fois identiques et différents. » (2).
Pour lui, Jésus n’est pas Dieu. « À cette question, pour ma part, je réponds : « Non ». Je crois que Dieu se rend présent et agit en Jésus de Nazareth, qu’il me rencontre et me parle à travers lui, mais pas que Jésus soit Dieu. Si, pour moi, il y a du divin en Jésus, il n’est pas lui-même divin ; il est uniquement (mais exemplairement) humain.
L’autre et l’intime - On trouve dans le Nouveau Testament deux séries d’affirmations. La première suppose une étroite proximité et une union entre Dieu et Jésus, la seconde une distance et une différence. D’un côté, Jésus dit : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10, 30), « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9), « le Père est en moi » (Jn 10, 38). De l’autre, il déclare : « Celui qui croit en moi croit non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé » (Jn 12, 44), « le Père est plus grand que moi » (Jn 14, 28), « pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul » (Mc 10, 18).
Jésus parle de Dieu comme d’un être distinct, qui se situe au-dessus de lui, qui l’a envoyé, lui a donné une mission, auquel il obéit (« que ta volonté soit faite, non la mienne », Lc 22, 44) et qu’il prie. Il met ainsi l’accent sur l’altérité et la supériorité de Dieu. Mais Thomas, en présence du Ressuscité, lui dit « mon seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28).
On pourrait sans peine multiplier les citations et il faudrait longuement discuter de la portée de chacune d’elles. Prises en leur ensemble, elles suggèrent une relation entre Dieu et Jésus qui conjoint une profonde intimité avec une altérité irréductible » (4).

Cependant, toujours fidèle au protestantisme protestant, il estime que les formules dogmatiques sont élaborées à une époque historique ; elles sont donc à réactualiser, mais n’en restent pas moins porteuses de sens.
« À la différence de beaucoup d’unitariens et de libéraux, je ne vois pas dans la doctrine trinitaire un tissu d’absurdités. Elle ne manque ni d’intérêt ni de valeur.
D’une part, pour faire comprendre ce qu’est ou qui est le Dieu chrétien, elle utilise les catégories de la pensée philosophique du monde hellénistique. Les Conciles ne disent pas la même chose que le néoplatonisme dominant à leur époque, mais ils se servent de son vocabulaire, de ses notions, de ses analyses. Cette tentative d’adaptation à la culture du monde ambiant me semble louable en son principe. Il y a là un exemple à imiter. Au lieu de répéter des formules qui appartiennent à un autre temps (comme celles des anciens conciles), nous devrions nous efforcer, nous aussi, de dire l’Évangile dans le langage de notre époque.
D’autre part, des intuitions justes s’expriment dans cette doctrine. Ainsi, pour le croyant, Dieu est puissance (je ne dis pas « toute-puissance » qui n’est pas un concept biblique), ce qui correspond à la première personne de la Trinité, symbolisée par la figure du Père, créateur et providence. Dieu est également sens, ce qui correspond à la deuxième personne de la Trinité, associée à la sagesse ou au Logos (qui veut dire parole raisonnée) et symbolisée par la figure du Fils. Et surtout Dieu est l’unité de la puissance et du sens ; il n’est pas une puissance dépourvue de sens ni un sens dépourvu de puissance, ce qui correspond à l’Esprit, dont on dit classiquement qu’il est l’union du Père et du Fils.
Comme l’écrit A. Schweitzer, pourtant plutôt critique à l’égard des doctrines classiques, « le dogme de la Trinité touche à des réalités profondes, auxquelles nous restons sensibles.
Ce que je refuse :
Si je discerne dans la doctrine trinitaire des intuitions et des visées que je crois justes, en revanche je trouve ses formulations peu convaincantes, parfois maladroites, et dangereuses. Je lui reproche d’avoir transformé une expérience de foi vécue en une spéculation ontologique alambiquée, vaine et incompréhensible pour le monde moderne.
  Cette doctrine propose une interprétation à mes yeux défectueuse, parmi d’autres également discutables (mais quand même moins), du témoignage du Nouveau Testament. Je ne crois pas que ce soit la meilleure possible, tout en admettant qu’on puisse en juger autrement et y tenir. Je fais mien ce qu’en écrivait un humaniste du XVIe siècle, Castellion, ancêtre du protestantisme libéral, qui n’estimait guère cette doctrine : « Si je pouvais [la] défendre, je le ferais. Mais je dois confesser franchement que je ne puis. Si quelqu’un le peut, je l’approuverai de le faire [...] Si certains possèdent un esprit assez aigu pour saisir ce que moi et ceux qui me ressemblent ne saisissons pas, tant mieux, je n’en suis pas jaloux. »
On ne doit ni rendre obligatoire la doctrine trinitaire ni l’exclure (ce serait tomber dans une intolérance et une rigidité dogmatique à rebours de celles d’une certaine orthodoxie, mais de même nature). Je n’en demande pas la suppression, je souhaite seulement qu’on accepte aussi d’autres options.
Après ce rapide historique, j’en viens à ma position personnelle.
Je respecte, même si je pense qu’ils ont tort, ceux qui voient dans la Trinité une expression ou interprétation convenable du message du Nouveau Testament. En revanche, parler du « Dieu trinitaire » ou de « Dieu Père Fils et Esprit » me paraît une grave erreur. On touche là à l’inacceptable. En effet, on identifie une formulation ecclésiastique et une définition théologique avec la révélation divine. On confond l’être de Dieu avec notre discours sur Dieu, ce qui fait de ce discours une idole. Aucune doctrine ne doit prétendre « enclore » Dieu. Il serait si simple et si juste de parler tout simplement du « Dieu de Jésus » (2).

eglise_lutherienne_de_la_trinite_boulevard_Vincent-Auriol.JPGLa fusion avec les luthériens de France n’est pas sans poser problème à André Gounelle. Alors que l’Eglise réformée de France (ERF) avait, en 1938, adopté une « déclaration de foi » ne mentionne pas expressément la Trinité * et qu’en 1961, lors de l’Assemblée OEcuménique de New-Delhi, avec la Fédération des Églises Protestantes de Suisse, elle avait exprimé leur refus d’obliger pasteurs et fidèles à souscrire à ce dogme, les luthériens en sont au contraire partisans. Plusieurs Eglises locales de la toute jeune Eglise protestante unie de France, dans l’enthousiasme de l’union, ont adopté une formulation pro-trinitaire.
* En 1938, l'Église Réformée de France est née d'un accord entre quatre Églises Protestantes. Cet accord s'est scellé grâce à une Déclaration de Foi qui fait partie des textes constitutifs de l'Église Réformée de France et qui est toujours en vigueur (on la lit au début de chaque Synode régional et national). Cette Déclaration de foi ne mentionne nulle part directement et explicitement la trinité. Toutefois, elle « affirme la perpétuité de la foi chrétienne, à travers ses expressions successives, dans le Symbole des Apôtres, les Symboles œcuméniques, et les Confessions de foi de la Réforme, notamment celle de La Rochelle ». Si le symbole dit des apôtres est plus ternaire que trinitaire, les autres textes mentionnés affirment très nettement la trinité. (1)

photo : temple luthérien "La Trinité", n° 177, boulevard Vincent-Auriol, Paris, XIIIème

 

L’auteur met alors en garde :
« À l’assemblée générale de ma paroisse [Montpellier], lors du vote pour l’Église Protestante Unie, je me suis abstenu. Avec regret et tristesse, car l’union entre luthériens et réformés me paraît une excellente chose. Malheureusement, le texte qui nous était présenté contenait une allusion, à mes yeux équivoque, à la Trinité ; de plus, mais c’est une autre histoire, il insistait sur la soumission non pas à Dieu, mais aux autorités ecclésiastiques, ce qui m’a inquiété. Si dans les textes à venir de l’Église Protestante Unie, il est question du « Dieu trinitaire » ou du « Dieu Père Fils et Esprit » ou encore du « Dieu triun », je n’y adhérerai pas ou j’en sortirai. Pour la première fois de ma vie, je serai « hors Église » – mais pas hors communauté croyante. » (2).

Vers une christologie néo-nestorienne ? Dans son dernier texte sur la Trinité, l’auteur sympathise avec la position suivante, sans pour autant exclure d’autres approches pouvant être elles aussi intéressantes (toujours l’extrême prudence du protestantisme libéral !) : « De même en Jésus Christ, l’humanité et la divinité sont reliées l’une à l’autre, la première conduit à la seconde, mais sans aucun mélange ; il y a des choses qui appartiennent à Dieu et non à Jésus (ainsi la connaissance du jour où aura lieu la fin, Mt 24,36) ; d’autres appartiennent à Jésus et non à Dieu (c’est Jésus et non pas Dieu qui est tenté). Ici, on considère que Marie est mère de l’homme Jésus, pas de Dieu ; que berceau et langes sont ceux du bébé Jésus, pas de Dieu ; et qu’à Golgotha, c’est Jésus qui meurt, pas Dieu. On ne prie pas Jésus (ce serait de la « jésulâtrie », idolâtrie de l’homme Jésus), on prie Dieu au nom de Jésus. Jésus n’est pas Dieu, mais l’homme en qui Dieu se révèle. » (4)

Paradoxalement, nous ne sommes pas loin non plus d’une autre position, cette fois-ci catholique libérale et humaniste : une part de Dieu en Jésus, qu’il y aurait aussi en chaque homme, dans une dynamique d’Incarnation …( lien).

textes d’André Gounelle :
(1) « Trinité et Dieu trinitaire », Évangile et Liberté, juin 1993 (lien).
(2) Evangile et Liberté, n° 269, mai 2013, rubrique « Questionner », À propos de la Trinité (lien) ; et (3) le commentaire de Marc Pernot, pasteur à l’Oratoire du Louvre « D’importantes réserves d’André Gounelle vis à vis des statuts de l’EPUF (Eglise Protestante Unie de France) », 3 mai 2013 (lien).
(4) Jésus est-il Dieu ? article paru dans Évangile et Liberté de septembre 2013 (lien).

Lundi 23 septembre 2013 1 23 /09 /Sep /2013 16:37
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

valentine_zuber_portrait.jpg A l'occasion de la présentation de son dossier d'habilitation à diriger des recherches prévue le 9 octobre 2013, nous avons récapitulé les travaux de l'historienne Valentine Zuber sur Michel Servet dans la rubrique des Actualités unitariennes consacrée à de dernier (lien).

Lundi 23 septembre 2013 1 23 /09 /Sep /2013 11:22
- Par La Besace des unitariens - Publié dans : (hist) SERVET Miguel - Communauté : Unitariens

Sébastien Castellion par ferdinand buisson 1892 « En quoi la liberté religieuse, chez Sébastien Castellion (1515-1563), définie comme une possibilité à l’hérésie, offre-t-elle des perspectives à une religion non-dogmatique ? », conférence de Philippe Fromont, pasteur de l’Eglise protestante unie d’Alès, lors de la journée des groupes Evangile & Liberté de Barbentane (Avignon) du 20 août 2013, mis en ligne sur le site d’Evangile et Liberté sous le titre De la liberté religieuse chez Sébastien Castellion à une religion non-dogmatique,  lien.

 

Non seulement S. Castellion protesta contre la condamnation à mort de Michel Servet dont Jean Calvin fut l'inquisiteur, mais il mena une réflexion théologique de grande qualité sur le droit à l'erreur (s'appuyant sur la parabole de l'ivraie) et au doute, sur la notion d'hérésie et de vérité théologique, sur la sincérité morale plus importante que les points de doctrine, sur le subjectivisme sectaire des guerres de religion, etc. Alors que la doctrine de J. Calvin a sombré très tôt dans le passé historique et dans le ridicule d'une prédestination qui fait de Dieu un tyran arbitraire, les textes de S. Castellion restent étonnamment modernes. De toute évidence, bien mieux que Martin Luther, Ulrich Zwingli et Jean Calvin, c'est assurément la grande figure du protestantisme du XVIème siècle. Les unitariens y ajouteront bien sûr celle de David Ferencz, grand orateur mais malheureusement moins bon écrivain ! qui fut le fondateur et premier évêque de l'Eglise unitarienne de Transylvanie.

 

Son intuition d'un christianisme non dogmatique, plus centré sur les vertues humaines et évangéliques, annonce des évolutions qui fleuriront beaucoup plus tard. D'abord, avec le protestantisme libéral qui relativise la dogmatique : a) les dogmes ne sont que l'expression de la foi à une époque donnée, donc susceptibles d'une reformulation lors de synodes ; il ne sont pas absolus dans leur énoncé ; b) ils ne sont pas tous à mettre au même niveau, l'adhésion à Dieu, au Fils et au Saint-Esprit est plus importante que des affirmations relatives à la Trinité, à la Rédemption, au Salut, etc. ; c) la liberté de penser implique le droit à l'erreur, à la recherche, au doute ; la sincérité est plus importante que des confessions de foi communautaires prononcées sans adhésion réelle ; c'est la personne dans son itinéraire spirituel et religieux qui est à prendre en considération et non ses croyances à un moment donné.

En France et pays francophones vosins, c'est l'association et revue Evangile et Liberté qui représente ce courant ( lien).

 

Le protestant libéral Ferdinand Buisson et ses amis ont, en 1859, formaliser d'une façon radicale cet espoir d'une religion qui ne serait plus dogmatique et donc ouverte à tous les hommes de bonne volonté (voir son manifeste,  lien, et nos articles sur lui dans la rubrique "sur le protestantisme libéral" de La Besace des unitariens,  lien). On retrouve, mais cette fois ci mise en pratique, les orientations de ce manifeste dans l'évolution de l'unitarisme américain à partir de la fin du XIXème siècle, d'abord ouvert aux non-croyants vertueux, pratiquant de fait les vertus évangéliques, puis à tous les autres croyants et convictionnels avec l'unitarisme-universalisme ( lien).

 

Enfin, nous pouvons constater que le courant évangélique indépendant (non rattaché aux Eglises de la Réforme ou à une Eglise confessionnelle), paradoxalement par rapport à son prosélytisme harcelant et ses exhortations répétées qui confinent à du bourrage de crâne, pratique une grande liberté de penser, d'expression, d'exégèse, en dehors d'un noyau dur de croyances : Dieu, Jésus Fils de Dieu qui nous sauve par sa mort rédemptrice et sa résurrection, l'Esprit Saint qui nous inspire et nous guérit (lien).

 

Tout récemment, notons le lancement à Milan en Italie d'une Communauté chrétienne libérale interdénominationnelle (« Comunita’ Italiana Cristiano-Liberale Interdenominazionale» / CICLI ) par le révérend unitarien Lawrence Sudbury, dont les statuts centrés sur l'éthique et la morale auraient certainement ravi S. Castellion (lien).

 

Par sectarisme, S. Castellion entend les Eglises qui enferment les personnes dans une dogmatique qui a réponse à tout, touche à tout, impose les idées de son magistère et clame à l'hérésie pour tout écartement de la voie fixée par elle-même (donc d'une façon toute humaine nous rappelle-t-il !). On peut penser en premier à J. Calvin avec son Institution chrétienne qui est un catéchisme total, mais aussi bien sûr à l'Eglise catholique romaine qui pinaille sur tout et dans les moindre détails, et aussi aux Témoins de Jéhovah qui, à partir de citations bibliques, ont construit une exégèse officielle.

Jeudi 19 septembre 2013 4 19 /09 /Sep /2013 11:44
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté
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